Risky Love - Chapitre 3

Poppy


Après une douche rapide, j’enfile un maillot de bain une pièce de couleur corail très largement décolleté avant de passer sur mes épaules un kaftan brodé Antik Batik vert émeraude. J’adore les kaftans, je dois en avoir une bonne dizaine. Ils sont idéals en cas de forte chaleur. Décontractés tout en restant super élégants.


À présent démaquillée, j’applique sur mon visage et mon décolleté une grosse couche de crème solaire. J’en profite également pour retoucher le camouflage de mon suçon, qui, après ma baignade, a perdu un peu de sa densité.

Je n’en ai peut-être pas la couleur de cheveux, mais j’ai hérité de ma mère sa fragile et délicate peau de rousse. Autrement dit, non seulement le soleil est relativement dangereux pour moi (bonjour, cancer de la peau !), mais il a tendance, si je ne me protège pas, à me transformer en véritable tomate immolée. J’entretiens donc ma carnation laiteuse avec une rigueur quasi religieuse. Alors que la mode est aux teints et aux corps hâlés, je fais, pour ma part, figure de véritable outsider, mais je ne m’en plains pas. J’aime être différente et je sais que la majorité de mes ex-copains ont tous adoré les nuances nacrées de ma peau pâle. Surtout qu’elle a tendance à marquer très facilement… si vous voyez où je veux en venir. Bref, tout ça pour dire que cela ne me complexe absolument pas, au contraire. Je me plais d’ailleurs secrètement à penser que cela me confère un petit air romanesque d’héroïne austenienne.


On est fleur bleue, ou on ne l’est pas !

Je passe ensuite les dix minutes suivantes à tenter de trouver ma paire de sandales Hermès au milieu du bazar ahurissant qu’est devenu mon bungalow. C’est dans ce genre de moment que mon « bordelisme » aigu me désespère profondément. Il y a des fringues absolument partout et je dois avouer qu’à ce stade, je me demande comment je me suis débrouillée pour en arriver là. On dirait que ma valise a été éventrée par une horde de mercenaires sans pitié. Je finis néanmoins par les repérer entre deux maillots de bain, eux-mêmes coincés entre deux minaudières.


Une fois parée, j’attrape une large capeline en paille et mon panier de plage tout en me promettant intérieurement de tout ranger avant de me coucher ce soir… si je ne suis pas trop fatiguée.


On ne se refait pas, hein !

Après avoir verrouillé la porte de la maison, je décide d’explorer les environs à pieds en longeant les sentiers battus. Heureusement, tout est parfaitement balisé et après avoir marché quelques minutes, je repère un panneau indiquant la direction de l’une des nombreuses piscines de l’île. Je m’y dirige donc d’un pas soutenu, rythmé par le chant reconnaissable des toucans. Une fois sur place, je prends quelques secondes pour admirer l’espace. Encerclée par de nombreux palmiers, la piscine, réalisée sur mesure pour se fondre admirablement dans l’environnement, est une véritable oasis de verdure. Quelques transats en teck ont été installés de part et d’autre de cette dernière et en m’avançant, je repère avec excitation la silhouette de rêve de ma meilleure amie, allongée sur l’un d’entre deux.


Discrètement, je m’avance sur la pointe des pieds alors qu’elle semble s’être assoupie sous l’immense parasol qui la surplombe. Sans faire de bruit, je m’assieds à côté d’elle et après avoir posé délicatement mon sac sur le sol, je me penche en avant et murmure près de son visage :

— Bouh !

Surprise par le son de ma voix, elle sursaute si violemment qu’elle en fait tomber ses lunettes de soleil. Puis, réalisant que ce n’est que moi, elle éclate de rire avant de s’asseoir et de se pencher pour ramasser ses solaires sur les dalles chaudes.

— Bordel, tu m’as fait peur !


Je m’esclaffe à mon tour en ôtant mon chapeau. Une fois redressée, elle m’adresse un immense sourire et nous nous dévisageons quelques secondes, profondément heureuses de se revoir après de longs mois sans pouvoir le faire. Et comme à chaque fois que je la retrouve, je ne peux m’empêcher d’admirer sa beauté renversante.

Lauren a toujours été merveilleusement belle, même aux heures les plus critiques de l’adolescence. Elle fait partie de ces rares femmes qui dégagent une aura unique et envoûtante qui vous attire et rend les hommes parfois fous à lier. Seulement, pendant de très longues années, quelque chose en elle semblait en veille, absent. Comme la dernière pièce manquante d’un puzzle qui donne à l’ensemble un goût d’inachevé. Et ce, jusqu’à la naissance de sa fille. Je crois que donner la vie a soulagé profondément sa conscience. Ses yeux brillent à présent d’un éclat nouveau et serein qui lui donne l’air plus épanoui que jamais. Et si sa vie a longtemps été une succession d’événements éprouvants qui m’ont très souvent affolée, je suis aujourd’hui profondément heureuse qu’elle ait enfin trouvé sa place aux côtés de mon frère.

— Coucou ma Lol’s, murmuré-je, en lui tendant les bras pour l’inviter à m’enlacer, le cœur serré par toute la profonde adoration que j’éprouve pour elle.


J’ai toujours été très tactile et quand il s’agit de ma meilleure amie, je ne suis pas du genre à lésiner sur les démonstrations d’affection, même si je sais qu’elle n’en est, elle-même, pas forcément très friande.


— Mon Monster Munch, soupire-t-elle en se blottissant contre moi. Tu m’as tellement manqué !


— Seigneur, toi aussi, soufflé-je dans la masse de ses cheveux blonds heureuse d’entendre à nouveau ce surnom saugrenu, souvenir du temps où je raffolais de ces chips soufflées.

Malgré l’odeur ambiante d’huile de monoï, très probablement étalée partout sur sa peau, je perçois le parfum familier de son shampoing à la cerise.

— Tu es bien installée ? Ton cottage te plaît ? On vous a mis un peu à l’écart pour que vous soyez tranquilles. Tes parents ont également leurs quartiers un peu plus loin.

Nous nous éloignons et elle se réinstalle tout en calant ses lunettes sur le haut de son crâne. Avec les rayons du soleil, les taches de rousseur du bout de son nez sont bien plus prononcées que d’habitude. Contrairement à moi, Lauren a la chance de dorer sous les rayons du soleil et non de rougir…

— Tu plaisantes ? m’exclamé-je en me levant pour installer ma serviette. Cette île est paradisiaque ! Je ne sais pas pour vous, mais perso, je compte m’installer ici… genre définitivement.


Elle rit puis pose ses doigts autour de son nombril pour tapoter son ventre.

— Remercie ton frère et ses habitudes de milliardaire…


— Habitudes qui sont désormais les tiennes et celles de ta fille, je te signale ! Tu devrais être habituée depuis le temps. D’ailleurs, où est mon adorable petite merveille ?

— Avec tes parents, ils ne devraient pas tarder à arriver.

Une fois en maillot, je réajuste mon décolleté puis m’étends sur le matelas moelleux afin de me tartiner le corps d’écran total alors qu’une employée s’approche discrètement pour nous proposer des boissons.


— Allez, soyons fous, je vais prendre un mimosa, toi ?

Lauren se tourne vers la jeune femme et rétorque :


— Une San Pellegrino avec deux rondelles de citron, merci.

Étonnée, j’hausse un sourcil interrogateur puis dès que l’employée a disparu, je n’attends pas une seconde de plus pour lui demander :


— Pas d’alcool ? Tu es au régime ou quoi ?


Elle sourit puis se cale sur le flanc pour me faire face, une main soutenant sa tête.

— Au régime ? Poppy, ce mot ne fait même pas partie de mon vocabulaire. Non, je… comment dire ? Je ne peux pas, c’est tout.


Je penche la tête sur le côté, perplexe.

— Comment ça, tu ne peux p…

Il ne m’en faut pas beaucoup plus pour comprendre. Immédiatement, je bondis et pivote vers elle, les yeux écarquillés.


— Oh mon Dieuuu ! Tu es enceinte ?


Elle se mord la lèvre en souriant avant de rire.

— Oui, de trois mois et demi…


— Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu !


Je sens immédiatement les larmes me monter aux yeux et machinalement, je me serre de ma main comme d’un éventail pour tenter de les retenir.

— Mince, je vais encore chialer !

Je passe mes index sous mes paupières pour sécher les premières gouttes qui s’y sont accumulées tout en surprenant son regard débordant de tendresse.

— C’était prévu ? lui demandé-je avant de lui prendre les mains pour les serrer affectueusement.

Elle acquiesce.


— Cela faisait plusieurs mois qu’on avait envie d’en avoir un autre. Alors on a pris la décision d’arrêter tout contraceptif et en fait, je suis tombée enceinte assez rapidement.

— Olala, je suis trop contente pour vous, Jack doit être fou de joie !


Elle me lance un regard lourd de sous-entendus, l’air de dire : « Euh… ne m’en parle pas ! ».

— Quoi ? Il est relou, c’est ça ? présumé-je, déjà certaine de sa réponse.

— À ton avis ? Je ne sais pas si tu te souviens de comment il était quand j’étais enceinte de Cat…


Je hoche la tête tout en mimant un air alarmé.


— Exactement, confirme-t-elle en faisant rouler ses yeux au ciel. Je pensais que ça passerait après le premier, tu vois. Je veux dire, une fois que tu es rodé, tu es normalement censé mieux savoir gérer tes émotions. (Elle laisse échapper une sorte de son, entre un rire et un reniflement ironique). Visiblement, ce n’est pas son cas. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans son cerveau mais le fait de savoir que j’attends son enfant le transforme en espèce de dragon surprotecteur et étouffant !


Je ricane.

— Et moi qui croyais que c’était son comportement naturel ! Ma pauvre chérie, mais comment fais-tu pour le supporter ?

— Eh bien, le fait qu’il soit un Dieu au lit aide pas mal…


Elle fait jouer ses sourcils et en réaction, je fais mine de me faire vomir en mettant deux doigts dans ma bouche.

— Épargne-moi ce genre d’horreur, s’il te plait, sinon je vais rendre mon mimosa avant même de l’avoir bu !


Son éclat de rire m’arrache un sourire.

— Et toi alors ? Raconte-moi tout, même si je sais déjà l’essentiel. Comment se passe ta vie parisienne ?


L’employée réapparait avec nos boissons et je m’empresse d’avaler une gorgée.

— Épuisante mais j’adore ce que je fais !

— Poppppyyyy !

L’adorable petite voix de Caitlin retentit joyeusement de l’autre côté de la piscine et je souris lorsque je la vois courir à toutes jambes dans notre direction, suivie de Jack, Will et de mes parents.


— Cat, ne cours pas autour de la piscine, cela fait dix fois que je te le dis ! s’écrie sa mère d’une voix autoritaire qui me fait toujours un drôle d’effet, même après tout ce temps.

La petite, obéissante, ralentit considérablement le pas avant de se précipiter directement dans mes bras. Immédiatement, je la soulève et la cale sur ma hanche avant de couvrir ses joues douces de baisers qui la font rire à grands éclats. Le nez plongé dans son cou tout chaud, je me délecte de son odeur de bébé. Elle sent toujours si bon, je pourrais la manger.


Vêtue d’un maillot une pièce à volants et d’une mini paire de méduses pailletées, elle est vraiment trop mignonne. Ses petits yeux gris aux longs cils bruns, exacte réplique de ceux de son père, se posent sur moi avec adulation et je lui souris, faible face à sa bouille d’amour.

— Comment vas-tu, ma doucette chérie ?

— Bien, me rétorque-t-elle en minaudant avant de glousser lorsque je pince doucement son petit nez et lui chatouille le ventre.


— Quelqu’un m’a dit que c’était bientôt ton anniversaire ! Je me trompe ?


— Naaan !

— Alors quel âge vas-tu avoir cette année ? Compte sur tes doigts.

Elle me montre sa menotte puis lève quatre de ses doigts tout en m’adressant un sourire très fier.

— Cinq ans !

Je rigole avant de soulever son petit auriculaire qui manque à l’appel pour avoir le compte exact.


— Voilà, comme ça, c’est mieux. Cinq ans, cinq doigts. En tout cas, j’espère que tu as apporté ta plus belle robe de princesse pour l’occasion.

— Oui et tu sais, tu sais, eh bah, j’ai même une couronne qui brille !


— Annh ! J’ai hâte de voir tout ça !

Jack s’avance, le sourire aux lèvres, et une fois à notre hauteur, malgré la présence de sa fille dans mes bras, il m’enlace et embrasse longuement ma tempe. Derrière son épaule, je jette un bref coup d’œil vers Will qui, à présent assis sur la margelle en pierre de la piscine, les pieds dans l’eau, nous contemple d’un air énigmatique.

— Salut, morveuse.


Je reporte mon attention sur mon frère et soupire en savourant sa tendre étreinte. Bordel, sa tronche de cake m’avait manqué, mais qu’est-ce qu’il m’exaspère quand il m’appelle comme ça !

— Va te faire voir !

Son torse vibre contre moi alors qu’il est pris d’un petit rire avant que je ne recule pour l’admirer. La vie est quand même relativement injuste... En plus d’être tout à fait séduisant (je n’en dirais pas plus, il reste mon frère et… beurk), extrêmement intelligent et riche à millions, mon imbécile de frangin s’avère être également un merveilleux partenaire pour Lauren ainsi qu’un fabuleux papa pour Caitlin. Et pourtant, c’était loin d’être gagné d’avance en ce qui concerne ces deux dernières.

En effet, il a longuement abjuré cette part de lui, celle qui lui soufflait doucement à l’oreille qu’il était peut-être digne d’elles, digne d’aimer, d’être aimé. Il a longtemps été très malheureux de se croire incapable d’être à la hauteur de notre père. Il ne l’a jamais vraiment avoué, bien sûr, mais c’était si évident, si déchirant de le voir se débattre contre lui-même, contre des certitudes absurdes implantées par sa mère biologique. Jack a toujours été le portrait craché de Papa, qu’il ait voulu l’admettre ou non. Il n’y a qu’à les voir ensemble pour s’en convaincre, qu’à les voir dévisager leurs femmes. Ils ont ce même regard, cette même façon de les adorer en silence… Mon Dieu, ce regard ! Je nous souhaite à toutes de connaître ça, un jour. Enfin bref, tout cela pour dire qu’il a beau être mon frère et me taper sur le système soixante-dix pourcent du temps, je ne peux m’empêcher d’admettre qu’il fait partie de ces rares hommes qui ont le pouvoir de bouleverser la vie d’une femme.

— Moi aussi, je t’aime, la mioche.


— Papa, c’est quoi « mioche » ? demande Cat tout en jouant avec la bretelle de mon maillot de bain.

— C’est tante Poppy, mo chuisle, lui répond-il, un sourire goguenard au coin de ses lèvres.