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  • DianeHart

Risky Love - Chapitre 2

Poppy


Pour arriver sur l’île de Musha Cay, il faut généralement se rendre jusqu’à Miami ou Nassau en avion (entre dix et quatorze heures de trajet depuis Paris… autrement dit, l’enfer pour une pile électrique comme moi !) avant d’en emprunter un second, direction le petit aéroport d’Exuma. Et ce n’est pas fini ! Une fois là-bas, il reste encore un dernier trajet d’environ vingt minutes, à bord d'un coucou piloté par une sorte de vieux baroudeur façon Harrison Ford dans 6 jours 7 nuits, pour finalement – Alléluia ! – s’amarrer dans la baie privée de Copperfield. C’est donc au bout d’un beaucoup, beaucoup, trop long périple pour ma santé mentale que l’hydravion du peu rassurant Captain Cody (ou Quinn Harris[1], pour mon cerveau déviant) me dépose au bout du ponton de l’hôtel.


Cela fait plus de vingt-quatre heures que je suis dans les mêmes fringues. Vingt-quatre heures, deux aéroports, trois avions et au moins une dizaine de barres chocolatées englouties sans la moindre culpabilité ou presque… autant dire que je suis l’image même de la fraîcheur et de l’élégance ! Mon carré long, d’habitude discipliné, ne ressemble plus à grand-chose hormis peut-être à un nid de castor, mon pantalon noir tout froissé me colle aux cuisses et si je n’étais pas seulement en soutien-gorge sous mon gilet, je l’aurais viré depuis belle lurette tant je meurs de chaud – merci l’humidité et la chaleur des tropiques 

Bon gré, mal gré, je m’extirpe du petit avion avec l’aide de la main râpeuse de Cody et une fois ma valise débarquée, je suis aussitôt accueillie par trois membres du personnel qui me sourient de toutes leurs dents. Deux, probablement des locaux vu la couleur de leur peau, sont habillés d’un bermuda beige et d’un polo blanc immaculé poinçonné du logo du resort, tandis que le troisième, certainement un manager, est affublé d’un élégant costume trois-pièces en lin naturel, très mambo italiano.


Alors que je fourre mon écharpe dans mon sac à main, l’un des deux grooms s’avance, me salue chaleureusement tout en se chargeant avec son collègue de mes bagages alors que le responsable, un collier de fleurs exotiques dans les mains, s’approche à son tour d’un pas assuré.


— Bienvenue à Musha Cay, Mademoiselle O’Shea ! Je suis Michael Hill, le directeur de l’établissement, j’espère que vous avez fait bon voyage.


Je lui souris et plisse les yeux derrière mes lunettes de soleil pour apprécier du regard la beauté classique mais séduisante dudit directeur.


Bien le bonjour, très cher Michael…

— Je vous remercie, le voyage a été un peu long mais je suis heureuse d’être arrivée à bon port, répliqué-je en inclinant la tête pour le laisser me passer son cadeau autour du cou.


— La fatigue du voyage ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir, vous verrez ! En attendant, veuillez me suivre, nous allons procéder à votre check-in avant de vous conduire jusqu’à votre cottage privé.


Attendez une seconde… mon cotta-quoi ?!?


OK, note à moi-même : penser à ériger un autel à l’honneur de mon frère, ce Dieu vivant !


Je finis donc par le suivre en longeant le ponton en teck, admirant la transparence extraordinaire de l’eau sous mes pieds. Au bout de ce dernier, après une large bande de sable blanc, se dresse une magnifique maison de style caribéen bordée par de gigantesques palmiers chanvre et autres hibiscus rouges et jaunes. C’est absolument idyllique !

Sous le porche, une jolie jeune femme en tenue traditionnelle colorée m’attend avec un petit plateau en argent sur lequel repose un cocktail de fruits.


Miracle ! Je mourais justement de soif !


La beauté antillaise s’incline à mon approche et j’attrape le verre en la remerciant avant d’entrer dans le magnifique hall de la maison. D’inspiration exotique, la décoration intérieure allie kentias et orchidées à foison, meubles sculptés en bois sombre, tissus d’ameublement aux teintes claires ainsi que de multiples antiquités et œuvres d’art rapportées par David Copperfield au gré de ses voyages. On ne peut pas faire plus typique et le rendu est vraiment magique… c’est le cas de le dire.


En me dirigeant vers le poste d’accueil, j’en profite pour goûter ma boisson. Je porte alors le verre à mes lèvres et en découvrant sur ma langue les arômes savoureux de la mangue et de la papaye, je ne peux m’empêcher de lâcher un petit gémissement indécent de pur plaisir.


Bordel, c’est une tuerie !


— Si c’est le cocktail qui te fait faire ce genre de bruits, je vais leur demander de t’en servir sans interruption pour continuer à en profiter, résonne une voix douce et profonde sur ma gauche.


Une voix qui résonne habituellement dans mes rêves les plus érotiques…


Intriguée, j’ôte mes lunettes de soleil puis tourne la tête en direction de cette dernière et lorsque je découvre qui est accoudé au desk de la réception, je manque de recracher lamentablement ma gorgée. Sans pouvoir me contrôler, nos regards se percutent et mon cœur, visiblement pas prêt à le revoir si vite, cesse une longue seconde de pomper le sang qui lui est essentiel avant de repartir comme un forcené dans ma cage thoracique. Prise par surprise par le flot de sensations qui m’assaillent, je tente de reprendre plusieurs fois ma respiration sans pouvoir empêcher mes joues de se colorer d’une teinte rougeâtre tout à fait ignoble qui me donne l’air effrayant d’une poupée de porcelaine du 19ème siècle.

Nullement ébranlé (lui !) par notre face à face, mon interlocuteur me couve d’un regard curieux mais bienveillant qui a le don de me rappeler immédiatement à l’ordre. Puis, avant de perdre totalement la face, je me ressaisis plus vite que mon ombre afin de recomposer sur mon visage une expression plus ou moins désinvolte.

— Will ! m’exclamé-je alors qu’il m’offre le sourire le plus somptueusement IRRÉSISTIBLE de toute la création.


Dieu tout puissant, ce sourire… de la pure kryptonite.

Sans me laisser le temps de pouvoir le détailler à ma guise, parce que croyez-moi, il y aurait des millions de choses à dire, il s’avance vers moi d’une démarche souple et assurée jusqu’à me surplomber de toute sa hauteur. À quelques centimètres de distance, il s’incline – pour mon plus grand malheur… ou plaisir, je dois avouer qu’à ce stade, je ne sais plus vraiment – afin de déposer un innocent (oui : « innocent » - notez bien mon amertume) baiser sur ma joue. Baiser qui provoque tout de même un léger frisson le long de mon épine dorsale et qui réveille la moindre de mes terminaisons nerveuses jusqu’alors en sommeil depuis notre dernière entrevue – c’est-à-dire, il y a plus de trois ans.

On ne le dira pas à Alexandre, hein.

— Salut, gamine. Comment vas-tu ?

En entendant cet odieux sobriquet sortir de sa bouche, je recule mon visage, soufflée par l’affront que cela provoque en moi.


Gamine, sérieusement ?


Avec ce simple et intolérable mot, William Atkins vient officiellement de creuser ma tombe dans le cimetière de la sister zone et de la piétiner par-dessus le marché. Non mais franchement… Je crois que même Eddie, le meilleur ami de mon père, ne m’a jamais appelée comme ça et pourtant, Dieu sait à quel point il adore me donner toutes sortes de surnoms idiots depuis ma naissance.


En vérité, je me demande ce qui peut bien le pousser à m’appeler de la sorte. Non, vraiment, j’hésite. Est-ce mon mètre soixante-dix, mon 90D ou ma trop large bouche qui, d’après mes amants passés et présents, est un assourdissant appel à la débauche ? Je ne vous fais pas de dessin.


Trouduc !

J’ai beau nourrir tout un tas de complexes qui m’empoisonnent régulièrement la vie, je suis bien consciente – au fond – de la plupart de mes atouts. Croyez-moi, même si je le voulais très fort, il n’y aura jamais rien d'impubère dans ma plastique. Pas même mes taches de rousseur ou mes angéliques yeux bleus. Il faudrait vraiment être aveugle ou complètement con pour ne pas le remarquer.

Agacée, je baragouine un « ça va et toi ? » dans ma barbe avant qu’il ne reprenne sa place. Toutefois, malgré la rapidité de son mouvement, j’ai le temps d’attraper au passage quelques suaves effluves de son after-shave au bois de santal. Et soudain, en dépit de mon exaspération, je dois faire un effort surhumain pour ne pas le renifler comme une chienne en chaleur.

Tu es irrécupérable, ma pauvre Aileen.


Habillé d’un simple tee-shirt en coton gris qui dévoile la puissance de ses épaules et de ses bras musclés, d’un bermuda kaki tombant parfaitement sur ses hanches et chaussé d’une vieille paire de bateau en cuir naturel, il est… il est… je n’ai pas de mot. Ou au contraire, j’en ai trop. Saisissant, brut, sensuel, attirant au possible. Beaucoup trop. Un paradis infernal pour mes yeux… et mon triste cœur.

Je me rappelle encore ce que j’ai ressenti la première fois que je l’ai rencontré, il y a dix ans. C’était lors de l’une de mes visites à New York. Je venais d’atterrir et j’attendais impatiemment Jack dans son appartement lorsqu’ils ont débarqué, hilares et tout transpirants, après avoir disputé ce qui semblait être une partie de basketball. Je me souviens parfaitement d’avoir louché en posant mes yeux sur le splendide spécimen qui accompagnait mon frère. Dieu qu’il était baisable dans sa tenue de sport ! Je crois que c’est la première fois de ma vie que je me suis véritablement sentie tomber amoureuse. Et quand je dis tomber, ce n’est pas une métaphore. J’ai réellement eu la sensation que le sol se dérobait sous mes pieds.

Il n’a ensuite fallu pas beaucoup de temps pour que le béguin se transforme en quelque chose de plus fort, de plus profond. Et avant même que je puisse me refréner, j’étais folle de lui. Raide dingue de son intelligence subtile et de son charme serein. Pour la petite anglaise que j’étais, il représentait tout ce que les États-Unis avaient de mieux à offrir niveau mecs, même si j’appris plus tard qu’il était en réalité Canadien. Beau, grand, athlétique, sympa, le sourire facile, il cochait toutes les cases du mec sain et idéal.

Contrairement à la plupart des amis de mon frère, il a tout de suite été aimable avec moi. J’avais vingt ans et il s’adressait à moi comme si j’étais son égale, avec respect, considération malgré la superficialité et la brièveté de nos conversations. Il a toujours eu cette façon bien à lui de me regarder en me voyant. Vous voyez ce que je veux dire ? Il était différent. Gentil, attentionné, discret. Ni arrogant ou vaniteux comme les autres connards que mon frère pouvait fréquenter à Harvard.


J’ai longtemps espéré pouvoir vivre quelque chose avec lui mais comme toute midinette bourrée d’espoirs romantiques, je me voilais violemment la face. Pour lui, je n’étais et ne serais que la petite sœur de son frère de cœur. Une sœur donc, par extension. Jamais je n’ai surpris de regard déplacé sur mon corps, de paroles équivoques ou de gestes tendancieux. Il a toujours été terriblement correct avec moi et j’en ai longtemps été secrètement très malheureuse.

Aux relations sérieuses, Monsieur a toujours préféré les aventures sans lendemain ou… tarifées. Oui, parce que c’est son grand truc. Se taper des putes de luxe. « Plus simple », d’après lui. La chose en aurait dégoutté plus d’une. Pas moi. J’ai toujours vu au-delà. J’ai alors longtemps continué à l’épier, à veiller au grain, à le fantasmer de loin.

J’ai bien entendu fini par me faire une raison, mais j’avoue que même des années après, j’ai encore un peu de mal à rester totalement insensible face à lui. D’autant plus que les années l’ont rendu encore plus séduisant qu’avant. À presque trente-huit ans, les marques d’une certaine maturité commencent doucement à apparaître sur son physique de dieu grec. Ses cheveux courts et souples d’un marron glacé sont aujourd’hui parsemés de quelques fils argentés sur les tempes et les petites rides autour de ses yeux accentuent avec charme l’expression chaleureuse de ses deux prunelles noires.

— Je pensais que tu arrivais ce soir, me dit-il en se détournant pour attraper un petit papier plié en deux que lui tend la – très jolie – réceptionniste.


Je le regarde lui adresser un clin d’œil charmeur et je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils.

Et une de plus à ajouter sur la très longue et non exhaustive liste de ses conquêtes…

Son regard d’encre se pose à nouveau sur moi et là, ne me demandez pas pourquoi, je rétorque d’un air mutin :

— Pourquoi tu m’attendais ?


Non mais tuez-moi, quoi !

Ma taquinerie – qui n’en est évidemment pas une – lui arrache un faible sourire et je me surprends à le fixer, totalement fascinée par le contraste saisissant de sa barbe brune et de ses dents blanches parfaitement alignées.


Qu’il est beau, bordel…


Il exsude d’une telle assurance, d’une telle confiance en lui que tous les adjectifs que je pourrais lui attribuer me semblent plats et sans intérêt en comparaison.

— Je pensais plutôt au petit monstre qu’est notre filleule et qui n’a pas cessé de te réclamer depuis ce matin.

Boom ! Dans ta face de rat, O’Shea !


— Oh… oui, bien sûr, me rattrapé-je, en tentant de dissimuler ma grimace embarrassée. J’ai aussi hâte de la voir et de l’étouffer sous une montagne de baisers !

C’est une catastrophe. Je suis une catastrophe.

Après « Comment se faire larguer en 10 leçons » et « Comment rencontrer l’âme sœur en 10 leçons », laissez-moi vous présentez en exclusivité mondiale : « Comment se ridiculiser comme une merde en 10 leçons » par Aileen Dorothy O’Shea. Une bible pour tous les loosers dans mon genre.

— À qui le dis-tu ! J’ai passé la matinée à jouer avec elle dans la piscine et j’ai un peu honte d’avouer qu’elle me manque déjà…


Je pouffe un peu trop exagérément pour être naturelle tout en attrapant le trousseau de clés que quelqu’un me tend dans ma vision périphérique.

— Tu m’étonnes, cet enfant est un véritable amour, c’est d’ailleurs à se demander si c’est bien la fille de ses parents !

Ma boutade nous fait rire tous les deux.

— Mademoiselle ? nous interrompt l’un des employés.


Je pivote sur moi-même et mes yeux se posent sur un jeune homme qui me paraît être l’un des concierges.

— Si tout est bon pour vous, nous pouvons y aller, m’indique-t-il avec politesse.

— Oh oui pardon, je vous suis !


— Je te laisse t’installer alors, intervient Will avec bonhommie. Ton frère et Lauren sont partis se faire masser mais tes parents sont à la plage avec Cat.

— OK…

Et avant d’avoir pu ajouter quoi que ce soit d’autre, il tourne les talons et disparaît, non sans que je matte son superbe cul au passage. Mon Dieu, j’avais presque oublié à quel point ce dernier est exceptionnel ! Des fesses de sportif, rebondies, fermes… J’admets volontiers que je ne compte plus les fois où je l’ai fantasmé tard dans la nuit, seule dans mon lit, les doigts plongés dans l’intimité de mon sexe. Trop de fois pour ne pas en avoir un peu honte.

Je finis par suivre le concierge qui m’attend patiemment jusqu’à une petite voiturette de golf et une fois installés à l’intérieur, nous filons à travers l’île jusqu’à ce qui sera mon havre de paix pour les huit prochains jours. Sur le chemin, mon chauffeur, dont le prénom est Hiro, me raconte l’histoire du lieu. Étant particulièrement curieuse de nature, je l’écoute avec attention et lui pose inévitablement mille questions tout admirant les paysages exceptionnels qui nous entourent.

En arrivant devant la charmante petite maison au toit de chaume et aux murs blanchis à la chaux, je tombe littéralement en pamoison. Lauriers blancs, bougainvilliers, palmiers, flamboyants… la luxuriance de la végétation me coupe le souffle tant elle est époustouflante.


Après avoir récupéré ma valise, Hiro me mène jusqu’à l’intérieur de la maisonnette. À l’instar de la maison principale, la décoration mêle confort, luxe et exotisme. Au centre, un immense lit à baldaquin aux draps blancs fait face à une large baie vitrée qui, après un joli porche et quelques marches, donne directement sur une plage privée. À gauche de la grande pièce, un salon TV a été aménagé et sur la droite, un bar et des chaises hautes. Mon regard émerveillé balaye l’ensemble et repère plusieurs bouquets de fleurs blanches disposés à divers endroits, ajoutant ainsi une touche sophistiquée à l’ensemble. Curieuse, je jette également un rapide coup d’œil à la salle de bains, à sa douche à l’italienne et à sa baignoire en forme d’œuf. Dans un coin de celle-ci, la sculpture d’un gros bouddha m’observe, un sourire apaisé au coin des lèvres. Ce n’est d’ailleurs pas le premier que je vois ici.

Attirée irrésistiblement à l’extérieur, j’ouvre la baie vitrée et m’aventure sur ma terrasse, des étoiles plein les yeux. De l’eau, de l’eau turquoise à perte de vue et tout ça, rien que pour moi. Une carte postale, voilà où j’ai atterri. Dans une foutue carte postale et c’est le pied total ! Pourtant, les îles, ça me connaît. Je ne compte plus mes séjours à Moustique ou à St. Barth mais rien n’a jamais été à la hauteur de ce que j’ai sous les yeux.

Hiro me donne quelques informations supplémentaires, m’informe notamment que le personnel est à ma disposition 24h/24 et s’éclipse alors que je suis toujours en pleine contemplation du paysage. Après quelques minutes supplémentaires à admirer la vue, je finis par m’asseoir sur les marches du porche afin d’ôter mes bottines. Une fois libérée, je fais danser mes doigts de pieds dans les airs et m’étire, les bras au-dessus de ma tête.

Que les vacances et la farniente commencent !

Soudain, une idée me traverse l’esprit et après quelques secondes à peser le pour et le contre, je me décide à enlever également mes vêtements, soutif inclus. Après tout, je suis seule, personne ne pourra donc me surprendre à batifoler dans la mer en simple culotte !

Je glousse tout haut, me sentant tout à coup très… aventurière.

Call me Ellen MacArthur[2], bitches!


Une fois en tanga, je me lève et me dirige vers l’eau translucide, une main soutenant chacun de mes seins. Euphorique, je pousse un petit cri de joie lorsque mes orteils entrent en contact avec les vaguelettes presque tièdes de la mer. En ce début d’après-midi, le soleil a quitté son zénith et ses rayons chauds se gorgent allègrement de ma peau laiteuse. La sensation est divine après des mois à se camoufler sous des pulls et des manteaux de laine. C’est comme si mon corps reprenait enfin vie après des mois d’hibernation.


Déterminée à profiter de ce moment en solo avant de rejoindre ma famille, je m’enfonce jusqu’à la taille sans la moindre difficulté tant la température de l’eau est délectable. Après m’être mouillé les bras et la nuque, je prends l’extravagante décision de virer aussi ma culotte. Soyons fou, pourquoi se priver ? Je glisse alors mes mains de part et d’autre de mes hanches pour la faire descendre le long de mes jambes et ne sachant pas quoi en faire, je la jette derrière moi sur le sable. Immédiatement, la sensation de l’eau sur mon sexe épilé me fait frissonner. C’est une caresse subtile, presque trop timide qui réveille malgré moi une faim qui n’a pas été assouvie depuis très longtemps. Légèrement échauffée, je me jette entièrement à l’eau pour éteindre le début d’incendie qui couve à l’intérieur de moi et effectue quelques brasses en gloussant. Ravie, je bas des pieds, tourbillonne dans un sens puis dans l’autre avec la même insouciance qu’une enfant. C’est alors qu’en m’éloignant de la rive, je remarque deux autres cottages de part et d’autre du mien. Bien dissimulés parmi la flore abondante, je ne les avais pas remarqués depuis la terrasse du mien. Embêtée par ma découverte, je cesse instantanément mes brasses et bat des pieds à la verticale pour rester en place. D’ici, l’un semble heureusement inhabité mais cela n’a pas l’air d’être le cas pour l’autre. En effet, de là où je me situe, je peux tout à fait discerner les contours d’un short de bain rouge sécher par-dessus une rambarde.

Est-ce que cela veut dire ce que je pense que cela veut dire ?

Au même moment, la silhouette d’un homme torse nu se matérialise à l’entrée du cottage et avant même que je puisse avoir le temps d’officiellement paniquer, je le vois se diriger vers moi à grandes enjambées. Embarrassée à l’idée de m’être crue seule, je nage rapidement jusqu’à la plage avant de réaliser que je suis totalement à poil et que le seul morceau de tissu qui pourrait à peu près sauver ma dignité est à deux mètres de moi… sur le sable.

OK, Aileen, là, tu peux paniquer !


Impuissante, mon cœur se met à battre à toute allure dans ma poitrine et lorsque l’homme n’est plus qu’à quelques mètres de moi, je suis horrifiée de découvrir l’identité du type.

Putain, ce n’est pas vrai !

Par réflexe, je lui tourne aussitôt le dos, accroupie dans l’eau, pensant innocemment (sottement) qu’en ne le regardant pas, il disparaîtra.


— Poppy ?


Eh merde.

Je grimace avant de me racler la gorge et sans prendre la peine de me retourner, je rétorque :

— Oui ?

Ma voix se brise dans ma gorge.

— Tout va bien ?


Est-ce que tout va bien ? Voyons voir…

Vu d’ici, deux choix s’offrent à moi : soit, je lui explique la situation et lui demande de m’envoyer ma culotte, ce qui impliquerait le fait qu’il la touche… soit, je fais comme si de rien était, continue de lui faire la conversation, lui laissant alors entrevoir l’intégralité de mon corps nu à travers l’eau transparente.

Entre la peste et le choléra… mon cœur balance !


Je finis néanmoins par me décider et me retourne lentement, les bras croisés sur la poitrine, un sourire contrit sur les lèvres.

— Salut…

C’est tout ce que j’arrive à lui dire car la vue qui s’offre à moi me couple littéralement la parole. Oui, en dépit de l’aspect burlesque de la situation, la vision du torse de William Atkins me fait perdre le fil de toute pensée cohérente.

Sainte Marie, mère de Dieu.


Sans pouvoir les retenir, mes yeux dévalent la ligne parfaite de ses larges épaules et de ses pectoraux bien dessinés avant de terminer leur course sur les reliefs terriblement appétissants de ses abdominaux. D’ici, j’en compte au moins six. Six magnifiques carrés qui n’attendent que ma bouche pour les dévorer. Doux Jésus, c’est désespérant à dire, mais je rêve de baiser ce mec jusqu’à en mourir d’épuisement et ça, malgré tous les arguments dont je me sers pour me convaincre du contraire depuis dix ans. Un orgasme vivant, voilà les mots que son corps m’évoque. Une vraie putain d’œuvre d’art taillée dans la pierre. Et je ne parle même pas du splendide V entre ses hanches étroites qui complète le tout, ni de sa peau lisse et hâlée. Peau sur laquelle je rêverai de laisser l’empreinte de ma langue et les sillons profonds de mes ongles. Il a l’air doux pratiquement partout. Cela devrait être interdit d’être aussi bien foutu. Un mètre quatre-vingt-cinq de virilité et d’érotisme brutes. Rien n’est à jeter chez lui. Rien. Au contraire, tout est à consommer jusqu’à l’écœurement et plus encore.

Plongée dans ma contemplation totalement éhontée de sa physionomie, je ne réalise pas tout de suite qu’il est en train de me parler.

— Hein ? Quoi ?


— Tu es sûre que ça va ? m’interroge-t-il, le front barré d’un pli soucieux.

Sans faire attention, je décroise mes bras pour balayer sa question d’un revers de la main, l’air de dire : « T’inquiète, paupiette ! », ne réalisant pas tout de suite que je suis en train de lui offrir sur un plateau la vision panoramique et en haute définition de ma glorieuse paire de seins. Il ne lui faut alors seulement que quelques secondes pour réaliser que la petite sœur de son meilleur pote est dans le plus simple appareil. Là, juste sous ses yeux. Et, pour la première fois depuis que je le connais, je le vois perdre un peu de sa légendaire nonchalance.

Sous le choc, ses yeux s’arrondissent et sa mâchoire se décroche dans un mouvement ralenti presque comique. Abasourdi, il me fixe sans effectuer le moindre mouvement, totalement hypnotisé par la vision de ce qu’il n’aurait, normalement, jamais dû voir. N’en menant moi-même pas vraiment large, j’observe un instant le ballet de sa pomme d’Adam qui monte et descend dans sa gorge au rythme infernal de ses déglutitions.


Ni lui ni moi ne prononçons le moindre mot, c’est comme si le temps venait se figer dans sa course. Ne sachant pas quoi faire, je plonge mon regard dans le sien, me coupant ainsi du monde qui nous entoure. Tout est soudain assourdi, silencieux. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends plus rien. Ni le bruit du ressac, ni celui du vent au large. Les sons environnants semblent s’être atténués pour ne laisser retentir dans mes oreilles que les battements discontinus de mon cœur.


Interdits, nous nous dévisageons pendant ce qui me paraît être une éternité. J’ai beau donner le change en soutenant son examen, je suis en réalité intérieurement très agitée tandis que de son côté, il a l’air totalement… captivé.

Nom de Dieu…

L’intensité de son regard sur mon buste est si vive, si exaltée qu’elle fait aussitôt monter en moi un désir farouche, aigu, comme un cri strident dans ma chair. Atterrée par ce que cela provoque en moi, mes cuisses se mettent à trembler et mon estomac se tord dans tous les sens. Je n’arrive plus à penser, à parler, à agir. Je ne suis plus qu’une pile d’hormones en bataille.

La manière qu’il a de me détailler à cet instant est tellement inattendue, si chargée de tension sensuelle, de vibrations électriques qu’elle déclenche une série de picotements délicieux sur ma peau. Je le sens partout, j’en ai la chair de poule. Ses yeux s’attardent sur mes épaules, ma gorge, sur les pointes durcies de mes seins qui flottent à la surface de l’eau… Ébranlée par toutes ces sensations, je prends une inspiration tremblotante afin de tenter de reprendre le contrôle. En vain. Il me rend fébrile, vivante, vulnérable à l’excès.

Je devrais me couvrir, bouger, rompre l’instant mais j’en suis tout bonnement incapable. Mon sang bout, fuse dans mes veines alors que les battements furieux de mon cœur font vibrer tous mes nerfs. J’ai tellement rêvé de ce moment, de l’instant où il me verrait enfin autrement. Jamais je n’aurais cru qu’un jour il poserait sur moi ce genre de regard interdit, intéressé, troublé… marbré d’une certaine culpabilité. Car il a beau savoir qu’il n’en a pas le droit, il ne peut visiblement pas s’empêcher d’apprécier la vue. J’en suis certaine, ce qu’il voit lui plaît et si j’en juge les contractions répétées de sa mâchoire, il a bien du mal à le dissimuler.


Derrière sa désinvolture exagérée, je peux aisément distinguer les signes évidents de sa fébrilité. Les pulsations de son pouls qui frappent vite et fort contre la peau bronzée de son cou, sa respiration instable, profonde, irrégulière, trahissant malgré lui son émoi… Tout cela le décontenance et j’ai la sensation que c’est la première fois qu’il me voit telle que je suis vraiment, qu’il réalise que je peux être autre chose que ce qu’il avait jusque-là toujours imaginé. Une femme, un être sexué et non plus seulement une gentille et inoffensive petite sœur.


Seulement, l’instant est de courte durée. Très vite, il se reprend et la ferveur incandescente de son regard fait de nouveau place à l’indifférence tiède qu’il me sert habituellement. Ses yeux, désormais inexpressifs, remontent vers les miens, tentent de s’y visser… avant de redescendre furtivement sur ma poitrine, ne pouvant visiblement pas se retenir.


Oh, voilà qui est intéressant…


Amusée, rassurée et surtout ravie qu’il soit si désarçonné par son soudain intérêt pour moi (il était temps, putain !), je pince les lèvres pour ne pas rire tout haut, penche légèrement la tête sur le côté et toussote dans mon poing pour le remettre ironiquement à l’ordre. En m’entendant, il sursaute, sort de son état léthargique puis se retourne précipitamment en portant son avant-bras à ses yeux.

— Putain ! Pardon… excuse-moi, je… merde !

Sa réaction adorablement confuse me tire un gloussement puis, profitant du fait d’être hors de son champ de vision, je sors de l’eau et récupère ma culotte que j’enfile à toute vitesse. Une fois plus « présentable », j’emprisonne à nouveau ma poitrine dans mes bras.

— Je suis vraiment désolé, je ne voulais pas regarder, je…

— C’est bon, Will, ce ne sont que des nichons. Ce n’est pas comme si tu n’en avais jamais vu !


— Ce n’est pas ça, c’est… si ton frère l’apprend…

— Jack n’a aucune raison de le savoir si personne ne le lui dit et tu peux te retourner, ils ne vont pas te manger.


En entendant ma raillerie, je l’entends rire tout bas en secouant la tête.


— C’est ça, fais la maligne.

Prudent, il jette un coup d’œil par-dessus son épaule et découvrant que je suis « couverte », il finit par me faire à nouveau face. Il s’attarde néanmoins une demie seconde sur ma culotte ajourée en dentelles et mes jambes nues avant de me demander d’une voix rauque, un peu abrupte :

— Où sont tes fringues ?

Je hausse les épaules d’un air impénitent.


— C’est-à-dire que… je pensais être seule.


Il fronce les sourcils et je dois avouer que la sévérité inhabituelle de son expression le rend terriblement attrayant. D’ordinaire, son visage est loin d’être aussi bavard.


— Merde, Poppy, n’importe qui aurait pu te voir, s’agace-t-il en passant une main agitée dans le désordre de ses cheveux.

— Oui, bon bah ça va, j’ai compris la leçon, merci.


Mon air bougon ne l’attendrit pas pour un sou. Au contraire.

— Juste… fais gaffe, la prochaine fois, OK ?


Son intonation paternaliste, un brin écœurée, me blesse plus qu’elle ne le devrait et je dois faire un effort pour masquer la déception qui m’envahit. C’est comme si l’idée de me voir à nouveau à poil lui était absolument intolérable, comme si mon corps et la sexualité qu’il peut inspirer à d’autres étaient tabous, voire répugnants. Si je peux éventuellement comprendre ce genre de réaction de la part de mon frère, je ne peux le supporter de sa part à lui…

Mais qu’est-ce que je croyais au juste ? Que me découvrir à moitié nue changerait quelque chose entre nous ? Bon sang, mais quelle imbécile ! Quand est-ce que je comprendrai enfin qu’il n’est qu’un enfoiré irrécupérable ? Impossible pour lui de me considérer autrement que comme une gamine irresponsable. Je le sais pourtant, j’ai suffisamment essuyé les plâtres en ce qui le concerne. Alors pourquoi est-ce que je persiste encore à croire que son attitude puisse changer à mon égard ?


Cela fait dix ans que c’est la même rengaine. Passe à autre chose, Mauricette !

— Oui, Papa, répliqué-je finalement, amère et mortifiée par ma crédulité.

Ma réponse lui tire un soupir.


— Sale gosse…, marmonne-t-il la bouche étirée par l’un de ses fameux sourires dont lui seul a le secret et qui, comme à chaque putain de fois, me porte un traître coup au cœur.


Ne souhaitant pas m’éterniser, je commence à me diriger vers mon cottage et je n’ai pas besoin de vérifier derrière moi pour savoir qu’il m’accompagne tout en restant à bonne distance. Je prends toutefois soin de rouler un peu mes hanches de gauche à droite afin de lui offrir de quoi se rincer allégrement l’œil. Après tout, c’est Oscar de la Renta qui disait : « Marchez comme s’il y avait trois hommes derrière vous. »

Ça tombe bien, William Atkins compte pour trois.

— J’aurais bien pris de tes nouvelles pour savoir un peu comment se passe ta vie à Paris, mais je crois que le moment est mal choisi.


— Dis donc, je ne te savais pas si coincé, lui balancé-je sans m’arrêter.

Il ricane dans mon dos.

— On ne dirait peut-être pas comme ça, mais j’ai tout de même quelques principes !


— Oh vraiment ? Est-ce que coucher avec des prostitués en est un ?


Ma réplique le prend tellement au dépourvu qu’il lâche un rire sincère dont le son suave me fait frissonner de la tête aux pieds.

— Wow, OK ! Comment tu sais ça, toi ?

C’est à mon tour de ricaner.

— Coincé et naïf ! Tu perds des points, mon vieux.


— Je ne savais pas qu’on les comptait…


— Pour un type qui bosse avec des chiffres toute la journée, tu n’es pas très futé.


— Là, c’est toi qui marques un point.


Je souris discrètement en me mordillant le coin de la bouche, étrangement stimulée par notre échange avant de renchérir :

— D’autant plus que tout le monde sait que Spencer et toi passez votre temps à donner des scores aux nanas.

Il arque un sourcil avant de faire la moue.

— Merde, décidement tu es plus douée que moi à ce jeu-là.

Une fois devant mon bungalow, je m’arrête sur la première marche du porche avant d’attraper mon pull abandonné sur le sol et de l’enfiler sans même vérifier s’il me suit encore des yeux. En faisant volte-face, je constate qu’il a lui-même pivoté par respect, le regard désormais rivé vers l’horizon.

— Je suis douée pour un tas de choses, Will, ajouté-je en le rejoignant.


Est-ce que cette phrase inclut un sous-entendu sexuel ? ABSOLUMENT, OUI.

En me sentant prendre place à côté de lui, il baisse légèrement la tête pour m'étudier puis, après une poignée de secondes, il reprend sa position initiale. Depuis que l’on se connait, nous n’avons jamais vraiment discuté seul à seule. Nous nous sommes évidemment souvent côtoyés mais nous ne sommes jamais allés plus loin qu’une simple conversation mondaine, entourés d’autres personnes. Je ne sais d’ailleurs pas grand-chose de lui, de sa vie et vous imaginez bien que je n’ai jamais osé aller à la pêche aux infos auprès de mon frère, cela aurait paru beaucoup trop suspect. Il est donc agréable de me retrouver enfin seule avec lui.


— C’est de famille, on dirait.


J’admire un instant la beauté mâle de son profil. Son nez droit, sa belle bouche et son menton volontaire. Cet homme a un charme fou, une décontraction virile que beaucoup n’ont pas la chance d’avoir. Il dégage une sorte de chaleur réconfortante, comme s’il était le soleil de son propre système.

— Envieux ?


— Admiratif, plutôt.


Il passe une main sur sa barbe de trois jours sans remarquer mon regard qui va et vient sur son avant-bras musclé.


— Tu n’es pourtant pas en reste, Atkins.


Je vois sa langue effleurer rapidement sa lèvre inférieure avant qu’il ne se décale pour se positionner devant moi. Je le regarde faire, envoûtée par l’aisance naturelle de ses mouvements. Il a toujours l’air tellement à l’aise dans sa peau. Ses gestes sont fluides, faciles, comme s’il ne réfléchissait jamais à la meilleure façon de mouvoir son corps.

— J’ai mal entendu ou tu viens de me faire un compliment, là ?

Son sourire canaille est tellement éblouissant qu’il me faut une seconde pour m’en remettre. Immédiatement, je détourne les yeux pour les poser partout sauf sur lui. Il est vrai que ce n’est pas dans mes habitudes. Que cela soit Spencer ou lui, j’ai plutôt tendance à leur lancer des piques qu’à les flatter. Un subterfuge inconscient pour brouiller les pistes, j’imagine.


— T’emballe pas, chaton, c’est une simple constatation.


Il me sourit de cet air redoutable que je ne connais que trop bien… seulement d’habitude, il le réserve à d’autres qu’à moi, si vous voyez ce que je veux dire.

— Non mais assume, tu me trouves génial, c’est tout.

J’émets une sorte de petit rire de gorge qui ferait honte à une truie.

— Ne prends pas tes rêves pour des réalités, mon vieux.

— Putain, j’ai bien cru que cela n’arriverait jamais ! s’extasie-t-il en ignorant ma réflexion avant de lever les mains au-dessus de la tête en signe de victoire.


Je me pince les lèvres pour ne pas rire.

— Tu manques à ce point de confiance en toi pour espérer mes compliments ?


Faisant fi de mon sarcasme, il me fait un clin d’œil.

— Pour être tout à fait honnête avec toi, j’ai longtemps pensé que tu ne m’appréciais pas.


Quoiii ?

Sa confidence me prend de court et je dois me morigéner intérieurement pour tenter de conserver ma légendaire mais factice désinvolture. Une chose est sûre : mon subterfuge a merveilleusement bien fonctionné… et force est de constater qu’il ne peut pas être plus éloigné de la réalité. Mais ce que j’aimerais surtout savoir, c’est à quel jeu joue-t-il ? Pourquoi m’avouer ça maintenant ? J’avoue que je ne sais pas trop quoi en penser. Il faut dire que c’est un peu le danger avec lui… Il est toujours tellement charmeur que l’on peut très rapidement s’imaginer tout un tas de choses qui ne sont finalement que des chimères.

Comme la plupart des filles, j’ai tendance à me monter rapidement la tête, c’est aussi pour cela que je ne lui ai jamais montré ouvertement le moindre intérêt. La désillusion en aurait été que plus brutale. Car je le connais et je sais que c’est un joueur né. Flirter est une seconde nature chez lui. Je l’ai vu faire des centaines de fois. Il flirte avec tout ce qui possède un chromosome X, y compris ma mère – qui adore ça, soit dit en passant – et la plupart du temps, il le fait même sans s’en rendre compte.


— Je ne savais pas que mon affection t’était si précieuse.


Un sourire tendre glisse sur sa bouche alors qu’il réduit la distance entre nous.


— Et pourquoi ne voudrais-je pas que tu m’apprécies ? Après tout, tu es la petite sœur de mon meilleur ami. Les personnes importantes pour lui le sont aussi pour moi.

— Oh pitié ! Tu ne sais rien de moi !

— On parie ? me challenge-t-il.

Je plisse les paupières, très amusée par la tournure que prend cette conversation.

— Tu prends des risques, là. Tu es vraiment sûr de vouloir te ridiculiser ?

— Vas-y, teste-moi.

Je croise les bras sur mon gilet, suspicieuse. Il a l’air tout à fait sûr de lui. Où est le piège ? Est-ce que Jack lui parle régulièrement de moi ? Mince, il en sait peut-être plus que je ne le pense. Mais après tout, laissons-le me prouver que j’ai tort.

Mon Dieu, donnez-moi tort, s’il vous plaiiiiit…

— Très bien, consens-je.


Il se frotte les mains, déjà certain de sa victoire.

— Quel est mon film préféré ?

— Pfff, facile : Coup de Foudre à Notting Hill !

J’imite le bruit d’un buzzer. J’adore ce film, c’est vrai, mais c’est loin d’être mon préféré.

— Faux ! Jurassic Park est mon film favori.


Il grimace mais ne s’avoue pas vaincu pour autant. Déterminé, il se gratte le menton, écarte les jambes et agite ses doigts à mon attention l’air de dire : « Vas-y, balance la sauce, cette fois, je vais gagner ! »

— OK, OK, une autre !


Je fais mine de réfléchir une seconde.


— Téquila ou gin ?


Celle-là est franchement facile vu le nombre de fois où nous sommes sortis en boîte ensemble.

— Téquila !

— Gin. Glace au citron ou à la pistache ?

— Citron ? propose-t-il, pas vraiment sûr de sa réponse.

Je renifle, faussement dédaigneuse.

— Bon Dieu, tu es nul, Atkins. Je déteste la glace au citron !


— Mais qu’est-ce que c’est que ces questions aussi ? s’insurge-t-il en se marrant. Demande-moi des vrais trucs.

Son obstination me fait rire.

— Comme quoi ?

— Je ne sais pas, ta marque de chaussures préférée.

— Parce que tu la connais ?

— Bien sûr, tu ne portes pratiquement que des Louboutin.

— Fin connaisseur à ce que je vois.

— C’est le genre de choses que les hommes comme moi remarquent.


J’arque un sourcil facétieux.

— Oh, tu veux dire les pervers ?


Il rit.


— Je veux dire les hommes de goût.

— En matière de femmes ou de chaussures ?

— C’est du pareil au même, chérie !


Chérie ?


J'ignore l'effet que ce petit nom a sur moi avant d'esquisser un rictus faussement outré face à sa condescendance.

— En voilà une généralité sur les femmes particulièrement réductrice !

Il me sourit jusqu’aux oreilles, visiblement très fier de lui, ce qui ne manque pas de me faire glousser.

— Tout le monde peut savoir ça, Will, il suffit de regarder mes pieds. Ce n’est pas me connaître que de savoir quel genre de chaussures je porte.


— Très bien, j’avoue… (il lève les mains en signe de capitulation) je ne te connais pas si bien que ça, mais je te promets d’y remédier. À la fin des vacances, j’en saurais plus sur toi que n’importe qui.


Mon cœur s’emballe, bat un peu plus fort en l’entendant mais comme d’habitude, je masque tout ça sous une bonne couche de sarcasme.

— Alors là, permets-moi d’être sceptique.


Il plisse les paupières et son expression se fait diabolique.

— Il ne fallait pas me dire ça, Princesse. Je suis du genre pugnace et comme la plupart des mecs, je déteste que l’on mette ma parole en doute.


— Ah bon ? Les mecs n’aiment pas avoir tort ? Première nouvelle !


Il hausse un sourcil avant de dodeliner de la tête.

— Bordel, j’avais presque oublié à quel point tu pouvais être une agaçante petite peste.

— Mais tout le plaisir est pour moi, chaton, raillé-je en lui rendant son clin d’œil.

— Prépare-toi à faire de moi ton nouveau meilleur ami, O’Shea ! affirme-t-il en me pointant du doigt tout en s’éloignant à reculons.

Je le regarde s’en aller, un sourire idiot collé au visage.

— Ouais, c’est ce qu’on verra…


Je l’entends rire pour toute réponse et lorsqu’il a disparu de mon champ de vision, je laisse échapper un profond soupir en portant une main sur mon estomac.

Mon Dieu… mais qu’est-ce qu’il vient de se passer au juste ?




[1]. Nom du personnage joué par l’acteur Harrison Ford dans le film 6 Jours 7 Nuits

[2]. Ellen MacArthur est une navigatrice britannique ayant notamment battu le record du tour du monde à la voile en solitaire en 2005.

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