Risky Love - Chapitre 2

Poppy


Pour arriver sur l’île de Musha Cay, il faut généralement se rendre jusqu’à Miami ou Nassau en avion (entre dix et quatorze heures de trajet depuis Paris… autrement dit, l’enfer pour une pile électrique comme moi !) avant d’en emprunter un second, direction le petit aéroport d’Exuma. Et ce n’est pas fini ! Une fois là-bas, il reste encore un dernier trajet d’environ vingt minutes, à bord d'un coucou piloté par une sorte de vieux baroudeur façon Harrison Ford dans 6 jours 7 nuits, pour finalement – Alléluia ! – s’amarrer dans la baie privée de Copperfield. C’est donc au bout d’un beaucoup, beaucoup, trop long périple pour ma santé mentale que l’hydravion du peu rassurant Captain Cody (ou Quinn Harris[1], pour mon cerveau déviant) me dépose au bout du ponton de l’hôtel.


Cela fait plus de vingt-quatre heures que je suis dans les mêmes fringues. Vingt-quatre heures, deux aéroports, trois avions et au moins une dizaine de barres chocolatées englouties sans la moindre culpabilité ou presque… autant dire que je suis l’image même de la fraîcheur et de l’élégance ! Mon carré long, d’habitude discipliné, ne ressemble plus à grand-chose hormis peut-être à un nid de castor, mon pantalon noir tout froissé me colle aux cuisses et si je n’étais pas seulement en soutien-gorge sous mon gilet, je l’aurais viré depuis belle lurette tant je meurs de chaud – merci l’humidité et la chaleur des tropiques 

Bon gré, mal gré, je m’extirpe du petit avion avec l’aide de la main râpeuse de Cody et une fois ma valise débarquée, je suis aussitôt accueillie par trois membres du personnel qui me sourient de toutes leurs dents. Deux, probablement des locaux vu la couleur de leur peau, sont habillés d’un bermuda beige et d’un polo blanc immaculé poinçonné du logo du resort, tandis que le troisième, certainement un manager, est affublé d’un élégant costume trois-pièces en lin naturel, très mambo italiano.


Alors que je fourre mon écharpe dans mon sac à main, l’un des deux grooms s’avance, me salue chaleureusement tout en se chargeant avec son collègue de mes bagages alors que le responsable, un collier de fleurs exotiques dans les mains, s’approche à son tour d’un pas assuré.


— Bienvenue à Musha Cay, Mademoiselle O’Shea ! Je suis Michael Hill, le directeur de l’établissement, j’espère que vous avez fait bon voyage.


Je lui souris et plisse les yeux derrière mes lunettes de soleil pour apprécier du regard la beauté classique mais séduisante dudit directeur.


Bien le bonjour, très cher Michael…

— Je vous remercie, le voyage a été un peu long mais je suis heureuse d’être arrivée à bon port, répliqué-je en inclinant la tête pour le laisser me passer son cadeau autour du cou.


— La fatigue du voyage ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir, vous verrez ! En attendant, veuillez me suivre, nous allons procéder à votre check-in avant de vous conduire jusqu’à votre cottage privé.


Attendez une seconde… mon cotta-quoi ?!?


OK, note à moi-même : penser à ériger un autel à l’honneur de mon frère, ce Dieu vivant !


Je finis donc par le suivre en longeant le ponton en teck, admirant la transparence extraordinaire de l’eau sous mes pieds. Au bout de ce dernier, après une large bande de sable blanc, se dresse une magnifique maison de style caribéen bordée par de gigantesques palmiers chanvre et autres hibiscus rouges et jaunes. C’est absolument idyllique !

Sous le porche, une jolie jeune femme en tenue traditionnelle colorée m’attend avec un petit plateau en argent sur lequel repose un cocktail de fruits.


Miracle ! Je mourais justement de soif !


La beauté antillaise s’incline à mon approche et j’attrape le verre en la remerciant avant d’entrer dans le magnifique hall de la maison. D’inspiration exotique, la décoration intérieure allie kentias et orchidées à foison, meubles sculptés en bois sombre, tissus d’ameublement aux teintes claires ainsi que de multiples antiquités et œuvres d’art rapportées par David Copperfield au gré de ses voyages. On ne peut pas faire plus typique et le rendu est vraiment magique… c’est le cas de le dire.


En me dirigeant vers le poste d’accueil, j’en profite pour goûter ma boisson. Je porte alors le verre à mes lèvres et en découvrant sur ma langue les arômes savoureux de la mangue et de la papaye, je ne peux m’empêcher de lâcher un petit gémissement indécent de pur plaisir.


Bordel, c’est une tuerie !


— Si c’est le cocktail qui te fait faire ce genre de bruits, je vais leur demander de t’en servir sans interruption pour continuer à en profiter, résonne une voix douce et profonde sur ma gauche.


Une voix qui résonne habituellement dans mes rêves les plus érotiques…


Intriguée, j’ôte mes lunettes de soleil puis tourne la tête en direction de cette dernière et lorsque je découvre qui est accoudé au desk de la réception, je manque de recracher lamentablement ma gorgée. Sans pouvoir me contrôler, nos regards se percutent et mon cœur, visiblement pas prêt à le revoir si vite, cesse une longue seconde de pomper le sang qui lui est essentiel avant de repartir comme un forcené dans ma cage thoracique. Prise par surprise par le flot de sensations qui m’assaillent, je tente de reprendre plusieurs fois ma respiration sans pouvoir empêcher mes joues de se colorer d’une teinte rougeâtre tout à fait ignoble qui me donne l’air effrayant d’une poupée de porcelaine du 19ème siècle.

Nullement ébranlé (lui !) par notre face à face, mon interlocuteur me couve d’un regard curieux mais bienveillant qui a le don de me rappeler immédiatement à l’ordre. Puis, avant de perdre totalement la face, je me ressaisis plus vite que mon ombre afin de recomposer sur mon visage une expression plus ou moins désinvolte.

— Will ! m’exclamé-je alors qu’il m’offre le sourire le plus somptueusement IRRÉSISTIBLE de toute la création.


Dieu tout puissant, ce sourire… de la pure kryptonite.

Sans me laisser le temps de pouvoir le détailler à ma guise, parce que croyez-moi, il y aurait des millions de choses à dire, il s’avance vers moi d’une démarche souple et assurée jusqu’à me surplomber de toute sa hauteur. À quelques centimètres de distance, il s’incline – pour mon plus grand malheur… ou plaisir, je dois avouer qu’à ce stade, je ne sais plus vraiment – afin de déposer un innocent (oui : « innocent » - notez bien mon amertume) baiser sur ma joue. Baiser qui provoque tout de même un léger frisson le long de mon épine dorsale et qui réveille la moindre de mes terminaisons nerveuses jusqu’alors en sommeil depuis notre dernière entrevue – c’est-à-dire, il y a plus de trois ans.

On ne le dira pas à Alexandre, hein.

— Salut, gamine. Comment vas-tu ?

En entendant cet odieux sobriquet sortir de sa bouche, je recule mon visage, soufflée par l’affront que cela provoque en moi.


Gamine, sérieusement ?


Avec ce simple et intolérable mot, William Atkins vient officiellement de creuser ma tombe dans le cimetière de la sister zone et de la piétiner par-dessus le marché. Non mais franchement… Je crois que même Eddie, le meilleur ami de mon père, ne m’a jamais appelée comme ça et pourtant, Dieu sait à quel point il adore me donner toutes sortes de surnoms idiots depuis ma naissance.


En vérité, je me demande ce qui peut bien le pousser à m’appeler de la sorte. Non, vraiment, j’hésite. Est-ce mon mètre soixante-dix, mon 90D ou ma trop large bouche qui, d’après mes amants passés et présents, est un assourdissant appel à la débauche ? Je ne vous fais pas de dessin.


Trouduc !

J’ai beau nourrir tout un tas de complexes qui m’empoisonnent régulièrement la vie, je suis bien consciente – au fond – de la plupart de mes atouts. Croyez-moi, même si je le voulais très fort, il n’y aura jamais rien d'impubère dans ma plastique. Pas même mes taches de rousseur ou mes angéliques yeux bleus. Il faudrait vraiment être aveugle ou complètement con pour ne pas le remarquer.

Agacée, je baragouine un « ça va et toi ? » dans ma barbe avant qu’il ne reprenne sa place. Toutefois, malgré la rapidité de son mouvement, j’ai le temps d’attraper au passage quelques suaves effluves de son after-shave au bois de santal. Et soudain, en dépit de mon exaspération, je dois faire un effort surhumain pour ne pas le renifler comme une chienne en chaleur.

Tu es irrécupérable, ma pauvre Aileen.


Habillé d’un simple tee-shirt en coton gris qui dévoile la puissance de ses épaules et de ses bras musclés, d’un bermuda kaki tombant parfaitement sur ses hanches et chaussé d’une vieille paire de bateau en cuir naturel, il est… il est… je n’ai pas de mot. Ou au contraire, j’en ai trop. Saisissant, brut, sensuel, attirant au possible. Beaucoup trop. Un paradis infernal pour mes yeux… et mon triste cœur.

Je me rappelle encore ce que j’ai ressenti la première fois que je l’ai rencontré, il y a dix ans. C’était lors de l’une de mes visites à New York. Je venais d’atterrir et j’attendais impatiemment Jack dans son appartement lorsqu’ils ont débarqué, hilares et tout transpirants, après avoir disputé ce qui semblait être une partie de basketball. Je me souviens parfaitement d’avoir louché en posant mes yeux sur le splendide spécimen qui accompagnait mon frère. Dieu qu’il était baisable dans sa tenue de sport ! Je crois que c’est la première fois de ma vie que je me suis véritablement sentie tomber amoureuse. Et quand je dis tomber, ce n’est pas une métaphore. J’ai réellement eu la sensation que le sol se dérobait sous mes pieds.

Il n’a ensuite fallu pas beaucoup de temps pour que le béguin se transforme en quelque chose de plus fort, de plus profond. Et avant même que je puisse me refréner, j’étais folle de lui. Raide dingue de son intelligence subtile et de son charme serein. Pour la petite anglaise que j’étais, il représentait tout ce que les États-Unis avaient de mieux à offrir niveau mecs, même si j’appris plus tard qu’il était en réalité Canadien. Beau, grand, athlétique, sympa, le sourire facile, il cochait toutes les cases du mec sain et idéal.

Contrairement à la plupart des amis de mon frère, il a tout de suite été aimable avec moi. J’avais vingt ans et il s’adressait à moi comme si j’étais son égale, avec respect, considération malgré la superficialité et la brièveté de nos conversations. Il a toujours eu cette façon bien à lui de me regarder en me voyant. Vous voyez ce que je veux dire ? Il était différent. Gentil, attentionné, discret. Ni arrogant ou vaniteux comme les autres connards que mon frère pouvait fréquenter à Harvard.


J’ai longtemps espéré pouvoir vivre quelque chose avec lui mais comme toute midinette bourrée d’espoirs romantiques, je me voilais violemment la face. Pour lui, je n’étais et ne serais que la petite sœur de son frère de cœur. Une sœur donc, par extension. Jamais je n’ai surpris de regard déplacé sur mon corps, de paroles équivoques ou de gestes tendancieux. Il a toujours été terriblement correct avec moi et j’en ai longtemps été secrètement très malheureuse.

Aux relations sérieuses, Monsieur a toujours préféré les aventures sans lendemain ou… tarifées. Oui, parce que c’est son grand truc. Se taper des putes de luxe. « Plus simple », d’après lui. La chose en aurait dégoutté plus d’une. Pas moi. J’ai toujours vu au-delà. J’ai alors longtemps continué à l’épier, à veiller au grain, à le fantasmer de loin.

J’ai bien entendu fini par me faire une raison, mais j’avoue que même des années après, j’ai encore un peu de mal à rester totalement insensible face à lui. D’autant plus que les années l’ont rendu encore plus séduisant qu’avant. À presque trente-huit ans, les marques d’une certaine maturité commencent doucement à apparaître sur son physique de dieu grec. Ses cheveux courts et souples d’un marron glacé sont aujourd’hui parsemés de quelques fils argentés sur les tempes et les petites rides autour de ses yeux accentuent avec charme l’expression chaleureuse de ses deux prunelles noires.

— Je pensais que tu arrivais ce soir, me dit-il en se détournant pour attraper un petit papier plié en deux que lui tend la – très jolie – réceptionniste.


Je le regarde lui adresser un clin d’œil charmeur et je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils.

Et une de plus à ajouter sur la très longue et non exhaustive liste de ses conquêtes…

Son regard d’encre se pose à nouveau sur moi et là, ne me demandez pas pourquoi, je rétorque d’un air mutin :

— Pourquoi tu m’attendais ?


Non mais tuez-moi, quoi !

Ma taquinerie – qui n’en est évidemment pas une – lui arrache un faible sourire et je me surprends à le fixer, totalement fascinée par le contraste saisissant de sa barbe brune et de ses dents blanches parfaitement alignées.


Qu’il est beau, bordel…


Il exsude d’une telle assurance, d’une telle confiance en lui que tous les adjectifs que je pourrais lui attribuer me semblent plats et sans intérêt en comparaison.

— Je pensais plutôt au petit monstre qu’est notre filleule et qui n’a pas cessé de te réclamer depuis ce matin.

Boom ! Dans ta face de rat, O’Shea !


— Oh… oui, bien sûr, me rattrapé-je, en tentant de dissimuler ma grimace embarrassée. J’ai aussi hâte de la voir et de l’étouffer sous une montagne de baisers !

C’est une catastrophe. Je suis une catastrophe.

Après « Comment se faire larguer en 10 leçons » et « Comment rencontrer l’âme sœur en 10 leçons », laissez-moi vous présentez en exclusivité mondiale : « Comment se ridiculiser comme une merde en 10 leçons » par Aileen Dorothy O’Shea. Une bible pour tous les loosers dans mon genre.

— À qui le dis-tu ! J’ai passé la matinée à jouer avec elle dans la piscine et j’ai un peu honte d’avouer qu’elle me manque déjà…


Je pouffe un peu trop exagérément pour être naturelle tout en attrapant le trousseau de clés que quelqu’un me tend dans ma vision périphérique.

— Tu m’étonnes, cet enfant est un véritable amour, c’est d’ailleurs à se demander si c’est bien la fille de ses parents !

Ma boutade nous fait rire tous les deux.

— Mademoiselle ? nous interrompt l’un des employés.


Je pivote sur moi-même et mes yeux se posent sur un jeune homme qui me paraît être l’un des concierges.

— Si tout est bon pour vous, nous pouvons y aller, m’indique-t-il avec politesse.

— Oh oui pardon, je vous suis !


— Je te laisse t’installer alors, intervient Will avec bonhommie. Ton frère et Lauren sont partis se faire masser mais tes parents sont à la plage avec Cat.

— OK…

Et avant d’avoir pu ajouter quoi que ce soit d’autre, il tourne les talons et disparaît, non sans que je matte son superbe cul au passage. Mon Dieu, j’avais presque oublié à quel point ce dernier est exceptionnel ! Des fesses de sportif, rebondies, fermes… J’admets volontiers que je ne compte plus les fois où je l’ai fantasmé tard dans la nuit, seule dans mon lit, les doigts plongés dans l’intimité de mon sexe. Trop de fois pour ne pas en avoir un peu honte.

Je finis par suivre le concierge qui m’attend patiemment jusqu’à une petite voiturette de golf et une fois installés à l’intérieur, nous filons à travers l’île jusqu’à ce qui sera mon havre de paix pour les huit prochains jours. Sur le chemin, mon chauffeur, dont le prénom est Hiro, me raconte l’histoire du lieu. Étant particulièrement curieuse de nature, je l’écoute avec attention et lui pose inévitablement mille questions tout admirant les paysages exceptionnels qui nous entourent.

En arrivant devant la charmante petite maison au toit de chaume et aux murs blanchis à la chaux, je tombe littéralement en pamoison. Lauriers blancs, bougainvilliers, palmiers, flamboyants… la luxuriance de la végétation me coupe le souffle tant elle est époustouflante.


Après avoir récupéré ma valise, Hiro me mène jusqu’à l’intérieur de la maisonnette. À l’instar de la maison principale, la décoration mêle confort, luxe et exotisme. Au centre, un immense lit à baldaquin aux draps blancs fait face à une large baie vitrée qui, après un joli porche et quelques marches, donne directement sur une plage privée. À gauche de la grande pièce, un salon TV a été aménagé et sur la droite, un bar et des chaises hautes. Mon regard émerveillé balaye l’ensemble et repère plusieurs bouquets de fleurs blanches disposés à divers endroits, ajoutant ainsi une touche sophistiquée à l’ensemble. Curieuse, je jette également un rapide coup d’œil à la salle de bains, à sa douche à l’italienne et à sa baignoire en forme d’œuf. Dans un coin de celle-ci, la sculpture d’un gros bouddha m’observe, un sourire apaisé au coin des lèvres. Ce n’est d’ailleurs pas le premier que je vois ici.

Attirée irrésistiblement à l’extérieur, j’ouvre la baie vitrée et m’aventure sur ma terrasse, des étoiles plein les yeux. De l’eau, de l’eau turquoise à perte de vue et tout ça, rien que pour moi. Une carte postale, voilà où j’ai atterri. Dans une foutue carte postale et c’est le pied total ! Pourtant, les îles, ça me connaît. Je ne compte plus mes séjours à Moustique ou à St. Barth mais rien n’a jamais été à la hauteur de ce que j’ai sous les yeux.

Hiro me donne quelques informations supplémentaires, m’informe notamment que le personnel est à ma disposition 24h/24 et s’éclipse alors que je suis toujours en pleine contemplation du paysage. Après quelques minutes supplémentaires à admirer la vue, je finis par m’asseoir sur les marches du porche afin d’ôter mes bottines. Une fois libérée, je fais danser mes doigts de pieds dans les airs et m’étire, les bras au-dessus de ma tête.

Que les vacances et la farniente commencent !

Soudain, une idée me traverse l’esprit et après quelques secondes à peser le pour et le contre, je me décide à enlever également mes vêtements, soutif inclus. Après tout, je suis seule, personne ne pourra donc me surprendre à batifoler dans la mer en simple culotte !

Je glousse tout haut, me sentant tout à coup très… aventurière.

Call me Ellen MacArthur[2], bitches!


Une fois en tanga, je me lève et me dirige vers l’eau translucide, une main soutenant chacun de mes seins. Euphorique, je pousse un petit cri de joie lorsque mes orteils entrent en contact avec les vaguelettes presque tièdes de la mer. En ce début d’après-midi, le soleil a quitté son zénith et ses rayons chauds se gorgent allègrement de ma peau laiteuse. La sensation est divine après des mois à se camoufler sous des pulls et des manteaux de laine. C’est comme si mon corps reprenait enfin vie après des mois d’hibernation.


Déterminée à profiter de ce moment en solo avant de rejoindre ma famille, je m’enfonce jusqu’à la taille sans la moindre difficulté tant la température de l’eau est délectable. Après m’être mouillé les bras et la nuque, je prends l’extravagante décision de virer aussi ma culotte. Soyons fou, pourquoi se priver ? Je glisse alors mes mains de part et d’autre de mes hanches pour la faire descendre le long de mes jambes et ne sachant pas quoi en faire, je la jette derrière moi sur le sable. Immédiatement, la sensation de l’eau sur mon sexe épilé me fait frissonner. C’est une caresse subtile, presque trop timide qui réveille malgré moi une faim qui n’a pas été assouvie depuis très longtemps. Légèrement échauffée, je me jette entièrement à l’eau pour éteindre le début d’incendie qui couve à l’intérieur de moi et effectue quelques brasses en gloussant. Ravie, je bas des pieds, tourbillonne dans un sens puis dans l’autre avec la même insouciance qu’une enfant. C’est alors qu’en m’éloignant de la rive, je remarque deux autres cottages de part et d’autre du mien. Bien dissimulés parmi la flore abondante, je ne les avais pas remarqués depuis la terras