Risky Love - Chapitre 4

Poppy


Après un dîner gastronomique servi les pieds dans l’eau sur la Coconut Beach, me voilà de retour dans mes pénates, repue et exténuée. Le menu, concocté par les chefs de l’île, a dépassé toutes mes espérances tant il était inventif et savoureux. Je crois d’ailleurs n’avoir jamais mangé de poisson aussi frais et fin que celui qui nous a été servi ce soir. Et je ne parle même pas du coucher de soleil exceptionnel devant lequel nous avons dîné en famille. Un véritable rêve éveillé.

En entrant dans mon bungalow, je suis d’abord saisie par la température étouffante qui y règne avant de réaliser que je suis partie dîner sans avoir enclenché la climatisation.


Non mais quelle imbécile, il doit faire au moins trente-cinq degrés ici !


Tout en maudissant mon étourderie, je me précipite alors jusqu’au moniteur de contrôle pour enclencher cette dernière avant de me désaper en vitesse pour troquer ma jolie robe d’été contre un caraco ajouré et un mini short en lin. Une fois en pyjama, j’essaye de ranger un peu mon effrayant bordel puis vérifie mes emails sur mon téléphone. Sans grande surprise, je découvre un message d’Alexandre sur WhatsApp dans lequel il me dit qu’il pense à moi et si j’en juge la photo de sa bite qui accompagne ce dernier, je n’ai pas de mal à imaginer la nature de ses pensées. Seulement, je ne suis absolument pas d’humeur à sextoter. Pas après avoir passé la soirée assise en face de Will qui, lui, n’a pas cessé de draguer la serveuse de façon tout à fait éhontée.


Vous auriez dû le voir. Du Atkins tout craché.

« Que me conseillez-vous pour aller avec ma dorade ? ». Regard séducteur. « Vous travaillez ici depuis longtemps ? ». Petit coup de langue sur la lèvre inférieure. « C’est quoi votre joli nom ? ». Sourire pulvérisateur de culotte. « Ça vous dirait de prendre un verre avec moi après votre service ? » et gnia, gnia, gnia, gnia !


O-dieux.


Autant vous dire que l’envie de lui écraser le pied (si ce n’est les couilles) sous la table m’a traversé l’esprit plus d’une fois entre l’entrée et le dessert. J’espère sincèrement que cela ne sera pas le même cirque tous les soirs, sinon je vais avoir du mal à me retenir de le castrer… et en beauté !

Je ferme donc la conversation sans prendre la peine de répondre et me serre un fond de gin au bar de ma chambre avant d’aller m’asseoir dehors, sous le porche. Il a beau être minuit passé, l’air est encore relativement lourd et moite.

Le corps rompu par la fatigue, je m’affale sur la banquette en poussant un soupir d’aise tout en posant mes pieds sur la table basse. En face de moi, la mer s’étend à perte de vue. Eclairée par les rayons opalins de la lune, elle est parfaitement lisse et calme. On y voit presque comme en plein jour, c’est extrêmement apaisant.


J’ai beau vivre en ville et représenter le cliché de la parfaite petite citadine, j’aime énormément la nature. Peu après ma naissance, mes parents ont acquis une jolie maison de campagne dans le Gloucestershire. Jusqu’à l’adolescence, j’y allais pratiquement tous les weekends. Nous passions nos après-midis à nous balader à cheval, à jouer avec Texas dans l’herbe fraîche toujours humide ou encore à cueillir des champignons pour en faire de délicieuses omelettes. Je me souviens des histoires que nous racontait mon grand-père paternel, de ses leçons ludiques sur les différentes sortes d’arbres, de baies ou d’animaux qui peuplait la nature environnante. Ayant été garde-forestier dans sa jeunesse, il en connaissait un rayon ! Il avait ce don incroyable de savoir transmettre tout en s’amusant. C’est grâce à lui qu’aujourd’hui, je sais réellement apprécier la beauté et l’importance du monde qui m’entoure. Croyez-le ou non, mais je suis parfaitement capable d’allumer un feu, de tendre quelques pièges ainsi que de faire la différence entre l’empreinte d’un blaireau et celle d’une belette.


OK, je vous l’accorde, ce n’est pas forcément utile pour survivre dans les rues de Paris… mais attendez que la fin du monde arrive et que les zombies débarquent… On verra qui est la patronne !

Je porte le verre à mes lèvres pour y boire une petite gorgée d’alcool. J’aime boire mon gin comme un homme. Sec. Même si la plupart des gens le préfère combiné avec autre chose tant son arôme peut être amer. Je crois que je tiens cette manie de ma mère, même si, en ce qui la concerne, le whisky serait davantage son poison de prédilection.


D’ailleurs, il y a beaucoup d’autres choses que je fais comme un homme : jurer, tirer au fusil de chasse, conduire imprudemment ma voiture de sport, jouer au golf, fumer des cigares… et tout ça, en portant du maquillage, des talons aiguilles et des sous-vêtements hors de prix. Le meilleur des deux mondes, en somme.

Une légère brise vient caresser ma peau et je ferme les yeux pour savourer cet instant de pure tranquillité. Dieu qu’on est bien ici ! À vrai dire, la seule chose qu’il me manque… c’est un mec. Assis à côté de moi, il me raconterait ses souvenirs d’enfance tout en me massant les pieds. Puis, une chose en entraînant une autre, il finirait par glisser ses mains sur mes mollets, mes cuisses, jusqu’aux frontières de mon short, sous lequel il s’aventurerait pour aller taquiner avec douceur mon envie qui n’attendrait que lui. Nous finirions par retourner à l’intérieur en riant pour s’effondrer sur le lit et faire l’amour pendant des heures. Au petit matin, rompus, comblés mais affamés, nous nous nourririons de fruits frais et de café noir avant de courir nus sur la plage pour aller nous baigner…


Mièvre illusion.


Des éclats de rire féminins viennent interrompre désagréablement mon fantasme délirant et avant que je puisse réaliser d’où cela vient, des voix retentissent du côté de chez Will. Curieuse, je tourne la tête mais n’y voyant rien, je pose mon verre et me lève discrètement pour m’approcher. À première vue, il est impossible d’apercevoir quoi que ce soit derrière la végétation, mais en m’approchant davantage, je repère une percée suffisamment large pour épier absolument tout ce qu’il se passe sous son porche éclairé. Très vite, deux silhouettes enlacées, manifestement ivres et hilares, apparaissent sous mes yeux, me tournant le dos. Je reconnais néanmoins tout de suite la carrure athlétique de Will sous sa chemise en coton bleu pâle et lorsqu’il finit par pivoter, je découvre l’identité de la nana qui l’accompagne.


Cette tenue blanche et beige sans intérêt… la réceptionniste, évidemment.


Je me souviens alors du petit papier plié échangé à la réception ce matin. Dépitée, je plisse les paupières, un goût amer envahissant progressivement ma bouche. Merde, pourquoi ai-je autant de mal à ravaler la pointe de jalousie qui transperce ma poitrine ? C’est ridicule, bon Dieu ! Je méprise tellement ce sentiment désagréable qui se roule en boule dans le fond de ma gorge, cette impuissance insupportable, ces ennemis invisibles qui me pourrissent la vie dès qu’il s’agit de lui. Ce n’est pas comme si je ne le connaissais pas ! Je devrais être blindée à force de l’avoir vu serrer la moitié des filles de New York.


Du moins, je pensais l’être. Visiblement, ce n’est pas le cas.

Une petite voix au fond de moi me conseille vivement de déguerpir avant d’être témoin d’un truc auquel je n’ai définitivement pas envie d’assister. Seulement, au moment où je décide de revenir sur mes pas, Will passe à l’action et comme un papillon de nuit attiré par la lumière, je suis incapable de détourner le regard.


Doucement, il se penche vers elle, lui murmure quelque chose que je n’entends pas, puis glisse sa main sur sa nuque pour agripper l’arrière de son crâne et la rapprocher ainsi de sa bouche dans un geste lent, possessif… presque menaçant. Aussitôt, mon cœur s’emballe et des frissons incontrôlables viennent chatouiller le creux de mon ventre.


C’est de la folie. Je suis dingue de rester là, à les espionner comme une sale petite perverse.

À contre-jour, je peux facilement distinguer leurs corps étroitement collés, leurs profils et leurs lèvres séparées de quelques millimètres. Le spectacle de leur étreinte a quelque chose de presque fantasmagorique, comme une représentation d’ombres chinoises.

Leur joute charnelle n’a même pas encore commencé que la pauvre fille semble déjà à bout. En même temps, je la comprends… Même planquée derrière la haie vive de livistona, je peux aisément deviner la force avec laquelle il la dévisage et si j’étais sous le feu de ce genre regard exalté, je n’en mènerai pas large non plus.

Puis, avant d’avoir eu le temps de cligner des yeux, je le vois tirer sur ses longs cheveux nattés pour lui pencher la tête en arrière. Dans le silence le plus complet, il la fixe, les paupières mi-closes et la respiration maîtrisée. Puis, délicatement, il glisse la pointe de son nez contre le sien, frôlant ses lèvres du bout des siennes avant de reculer à nouveau pour finalement se ruer violemment sur sa bouche.

L'élan incontrôlable avec laquelle il s’empare d’elle, déclenche une série de palpitations dans les profondeurs de mon corps. Effréné, il l’embrasse avec ferveur, mêlant sa langue à la sienne avant d’aspirer puis mordiller sa lèvre inférieure. Leurs grognements simultanés de plaisir se superposent à un lamentable hoquet de surprise qui, après quelques secondes de flottement, s’avère être le mien.


Ouais bah, au point où j’en suis…


Fascinée par la façon totalement indécente qu’il a de l’embrasser, je les observe, honteusement impudique, sans pouvoir esquisser l’ombre d’un geste. Une mouche prise dans une toile d’araignée, voilà ce que je suis.

Bonté divine… il ne l’embrasse pas, il lui baise les lèvres !


Purement et simplement.


Pendant ce temps-là, ses mains sont partout sur elle. Ses mouvements sont souples, maitrisés, exigeants, un peu rudes. Tout ce que j’aime, en fait. Il semble savoir précisément ce qu’il fait et à l’idée de ne jamais pouvoir profiter de ses nombreux talents, j’ai le moral dans les chaussettes... ou dans les tongs, vu les circonstances.

Très vite, les choses s’intensifient et lorsque les doigts de Will s’arriment sans la moindre délicatesse aux fesses de la réceptionniste pour la frotter contre son érection, je l’entends gémir entre deux baisers voraces.


À moins que cela vienne encore moi ?


Tout à coup, je me rends compte que je suis en train de me dandiner nerveusement comme une petite fille impatiente et lorsque je baisse les yeux sur mon haut de pyjama, je constate que mes seins ne sont pas insensibles au spectacle qui se déroule devant eux. Bien au contraire.


Merde, ça m’excite. Les voir se peloter m’excite.

Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans mon cerveau de dégénérée ?


Je ferme brièvement les paupières pour me reprendre avant d’entendre un bruit sourd et lorsque je les rouvre, je découvre que Will est désormais avachi sur l’un des gros fauteuils en rotin de la terrasse et que sa conquête est à présent à genoux, entre ses jambes. Cette fois, aussi écervelée que je puisse l’être parfois, je n’ai aucun mal à imaginer le programme qui va suivre.

OK, Aileen, il est temps de lever l’encre. MAINTENANT.


Or, malgré les invectives de ma conscience, je continue à les espionner, telle l’affreuse voyeuse que je ne pensais pas être.


« Qu’est-ce que tu fous encore là ? Mais allez, bouge, barre-toi ! » insiste cette dernière.


Pétrifiée, j’assiste, impuissante (mais carrément échauffée), au déboutonnage en règle du pantalon de mon fantasme de jeunesse par une autre femme. Et le pire, c’est que j’apprécie le show, putain !

Je suis trop troublée pour réfléchir. Le signal est brouillé, les connexions ne se font plus. Je suis totalement obnubilée par ce qui se déroule de l’autre côté de ma cachette et rien ne semble vouloir me décider à cesser cette absurdité. C’est mal, vraiment mal mais c’est plus fort que moi. Je veux voir, savoir ce que je rate depuis toutes ces années. Je veux ma part du gâteau même si elle n’est que visuelle.

Après en avoir terminé avec les boutons, la fille fait grossièrement remonter le tissu de sa chemise sur son torse pour dégager le terrain, dévoilant ainsi les reliefs en béton de son ventre et de ses obliques. Ses ongles naviguent sur ses derniers alors que de mon côté, je suis obligée de me mordre la langue pour n’émettre aucun son malencontreux, sans toutefois pouvoir les quitter des yeux. Je ne devrais absolument pas être là et pourtant, je continue de les regarder, scandaleusement envoûtée.


Finalement, après quelques instants à déposer des baisers à la lisière de l’élastique de son boxer, elle tire impatiemment dessus pour le lui ôter. Particulièrement docile, Will rit puis lève le bassin pour lui faciliter la tâche et lorsqu’elle finit par baisser le tout sur ses cuisses pour révéler enfin sa queue, j’en perds littéralement le souffle.

Par réflexe, ma main se plaque sur ma bouche pour étouffer un cri qui, malgré sa puissance, reste coincé dans ma gorge.

Jésus, Marie, Joseph et tous les saints du paradis !


C’est… je… elle est… parfaite.


Putain, en plus de tout ce qui fait son charme, William Atkins est sacrément bien membré. Long, épais et légèrement recourbé, son sexe est sensationnel. À l’image du reste de son corps. Et croyez-moi, je n’aurais jamais pensé dire cela d’une bite !


En découvrant ce qui l’attend, la fille se lèche les lèvres et je ne ne me surprends même plus à l’imiter. Une sangle de feu se referme autour de mon bas ventre et mon vagin se contracte, tenaillé par une affreuse sensation de vide. Je suis tellement stupéfiée par la vision de son membre dénudé, par son regard alangui et la manière absolument obscène qu’il a de lui sourire, sûr de lui, de son pouvoir sur elle, que j’en oublierais presque de respirer.


Il pue le cul et l’arrogance. Explosif mélange qui me met sens dessus dessous.


Je suis au bord de l’asphyxie. Chaque cellule de mon corps est en ébullition et mon épicentre est bombardé d’étincelles brûlantes. Je n’ai jamais eu autant envie de me toucher pour soulager la tension qui s’accumule dans mes veines. Je suis sous tension, le sang effervescent, la peau à vif, avide d’en apercevoir plus – même de loin, d’expérimenter ne serait-ce qu’un tout petit peu ce que je n’aurais jamais le droit de vivre avec lui. Peu importe ce qu’il en découlera par la suite, je veux l’entendre gémir, jouir, l’écouter prendre son pied et garder tous les détails dans ma tête pour les ajouter à ceux, déjà bien lubriques, de mon imagination. Sans le savoir, il me rend audacieuse, haletante, trop – beaucoup trop – indiscrète. Je pactise avec les limites de l’indécence. Non, je les envoie carrément se faire foutre.


Les yeux rivés sur l’expression appréciatrice de sa partenaire, Will pose deux doigts sur la base de sa hampe afin de la pousser contre les lèvres humides de la fille. Puis, lentement, il fait glisser son gland sur ces dernières, de gauche à droite puis de droite à gauche, étalant ainsi sur leurs contours, les premières perles de son désir pour elle avant de lui ordonner d’un ton dur mais extrêmement calme :

— Ouvre la bouche.


Elle ne se fait pas prier. D’emblée, elle s’exécute, entrouvre cette dernière pour envelopper son nœud de sa langue puis après lui avoir décoché un petit sourire suggestif, elle prend les choses en mains. Et quand je dis qu’elle prend les choses en mains, ce n’est pas juste une façon de parler. Sans la moindre hésitation, ses doigts recouvrent les siens alors qu’elle commence à engloutir sa queue tout en entamant un va-et-vient énergique avec un plaisir et un soin, non dissimulés. Elle a l’air d’apprécier particulièrement l’expérience et, bordel de Dieu, je l’envie à en mourir. Goulûment, elle le lèche, le gobe, gémit, l’aspire en creusant les joues.

Une véritable pro.

Vous vous souvenez du slogan des publicités Chupa Chups : « Chupa Chups, le plaisir de sucer. » ? Eh bien, je viens de trouver son ambassadrice et elle prend son métier très au sérieux.


Vas-y mollo quand même, Chupa Queen, ce n’est pas une sucette…

En dépit de l’évidente satisfaction qu’il semble en tirer, Will fronce les sourcils, contracte la mâchoire en grognant puis pose son index sous le menton de la fille. D’un geste ferme, il lui fait redresser la tête et sa queue s’échappe de ses lèvres dans un « pop » humide et sonore.


— Suce-là doucement, la remet-il à l’ordre d’une voix rauque en glissant ses mains dans ses cheveux. Prends ton temps, ma belle.


Et toc ! Je l’avais dit… pas une sucette…


La réceptionniste hoche la tête puis reprend en suivant à la lettre les indications de Will, qui, lui, attentif, suit avec attention les coups de langue de sa maîtresse du soir. Il est tellement excitant comme ça, soumis au bon vouloir de la bouche de cette fille. Il n’a jamais été aussi beau, désirable, attirant.

— Serre-là entre tes lèvres et prends-là bien profond... doucement… c’est bien… putain, voilà, exactement comme ça.


En élève modèle, la fille pose ses mains bien à plat sur les cuisses de Will pour s’appliquer et moi, je les regarde, sidérée par la scène mais toujours incapable de réagir. Sidérée d’être encore là, de n’avoir jamais été aussi fébrile, aussi humide entre mes cuisses. Pourtant, j’admets sans honte avoir vu une quantité non négligeable de films pornos et si je compile toutes mes expériences sexuelles, rien n’a jamais été particulièrement lamentable, mais là, ça… c’est au-delà de ce que j’ai pu un jour voir ou ressentir. C’est défendu, vicieux, cochon et ça me plaît beaucoup plus qu’il ne le faudrait.

Au bord de l’explosion, mon clitoris bourdonne, palpite entre mes lèvres intimes. Je n’ai qu’une seule envie : jouir fort, à pleins poumons et sans complexe. Alors je serre les jambes et les poings, horriblement frustrée, les sens électrisés, au bord de la rupture. L’entendre lui expliquer la meilleure façon de s’y prendre pour lui donner du plaisir incendie mon corps tout entier. Ce n’est plus du sang qui coule dans mes vaisseaux, mais de la poudre à canon. Même la manière dont il aime se faire sucer la bite me donne chaud. Toute en tension, lenteur et lascivité.


— C’est bon ?

Désormais mise au pas, Chupa Queen, lève les yeux vers lui et se contente d’approfondir ses caresses pour toute réponse et Will, l’alcool aidant, pousse sans la moindre pudeur, de délicieux petits râles érotiques qui font frissonner chaque centimètre carré de ma peau. Mes mamelons, au contact continuel de mon caraco, sont devenus douloureusement fermes et sensibles, comme si je les avais passés longuement sous un jet d’eau glacée. Je n’en peux plus. De polissonne, la situation est devenue un véritable supplice. Je donnerais tout pour être à genoux, à sa place, pour découvrir son goût sur ma langue, pour avoir le pouvoir de le rendre fou.

Je suis perdue et désespérée. Désespérée, parce que force est de constater que j’ai toujours terriblement envie de lui. Encore plus que jamais maintenant que j’ai vu sa… putain. Cet état de fait m’explose brutalement en pleine gueule. Je suis dans la merde. Une merde noire. À force de jouer avec le feu, j’ai fini par me brûler et le retour de bâton risque d’être extrêmement douloureux.

Au bout d’un petit moment, Will halète un « regarde-moi » terriblement sexuel avant de poser sa main à l’arrière de la tête de la jeune femme et de soulever ses fesses pour s’enfoncer encore plus profondément dans sa gorge. La fille manque de s’étouffer mais continue de l’accueillir et après une énième pénétration, il éjacule dans sa bouche sans la prévenir, en jurant bruyamment, les abdominaux et les fesses, contractés à l’extrême.


— Putain, oui.


Cette fois, mon attention est entièrement focalisée le visage de Will et le voir jouir si férocement est… saisissant de beauté. La bouche entrouverte, les yeux plissés à l’extrême et la respiration saccadée, son expression d’abandon est étourdissante. Je ne l’ai jamais vu comme ça. Affranchi, à nu, vulnérable. Il est magnifique et je ne suis pas prête d’oublier ça.

Non, jamais.


C’est bien là, le problème.


Alors qu’il se retire et que l’employée s’avance entre ses jambes pour l’embrasser à pleine bouche, je réalise avec effroi ce à quoi je viens d’assister. Essoufflée, sous le choc, je recule et m’adosse contre le mur extérieur de mon bungalow, la main sur le cœur. Seigneur, mais qu’est-ce que j’ai fait ? Ai-je définitivement perdu l’esprit ?

Une myriade d’émotions et de questions se bousculent dans ma tête alors que les deux amants se lèvent pour rejoindre l’intérieur du cottage, heureusement inconscients d’avoir été épié. Après quelques rires et caresses supplémentaires, ils disparaissent, sans me laisser le moindre doute sur ce qu’ils comptent faire du reste de leur nuit.


Après un moment à tenter de reprendre mon souffle, ma respiration redevient enfin régulière. Je me décolle alors du mur et avance, sonnée, pour attraper mon verre abandonné sur la table et avaler cul sec ce qu’il reste d’alcool.

Bahhh, c’est fort mais ça remet les idées en place… enfin je crois !


Mais comment vais-je réussir à le regarder dans les yeux après avoir vu tout ça ? Comment oublier ? Faire comme si de rien était ? Comment ai-je pu me laisser aller à ce point-là ? Ignorer tous les avertissements de ma conscience et surtout – surtout – les conséquences d’une telle décision ? À ce stade, une seule explication me vient à l’esprit : ma mère a dû me bercer trop près du mur lorsque j’étais enfant. Je ne vois rien d’autre.

Sans m’en rendre compte, je viens de ruiner ma semaine de vacances. Et à moins d’un véritable miracle qui me ferait oublier tout ce que je viens de voir pendant mon sommeil, je risque de ne penser qu’à ça durant les six prochains jours, si ce n’est les cent prochaines années.


Bravo, Aileen, tu es officiellement un gros boulet !


Des plaintes de plaisir étouffées me parviennent à travers les battements assourdissants de mon cœur. Accablée, je plaque mes mains sur mes oreilles et me réfugie à l’intérieur pour ne plus avoir à les entendre. Heureusement, la température y est à présent acceptable. D’un pas lourd, je me dirige vers mon lit pour m’y effondrer à plat ventre. Puis, de rage contre ma bêtise, je pousse un hurlement hystérique, le visage enfouit dans mon oreiller tout en tapant des poings contre le matelas.


Arggghhhhhh !


À bout de nerfs, je finis par me relever. Je dirige alors vers la salle de bain en traînant des pieds pour aller fouiller dans ma trousse de toilette à la recherche d’un somnifère. Parti comme c’est parti, je sais que je ne fermerai pas l’œil de la nuit, me repassant encore et encore la manière dont il a joui dans sa…

Voilà, vous avez compris pourquoi j’ai besoin d’un somnifère.

Miraculeusement, je trouve ce que je cherche et après l’avoir avalé à l’aide d’un grand verre d’eau tiède, je retourne me coucher tout en implorant le Dieu des fouineuses de merde que je suis de m’accorder quelques heures de répit et peut-être… l’oubli éternel.


On peut toujours rêver.


***


C’est le bruit du vent qui me réveille vers dix heures du matin. Amorphe et l’esprit embrumé, je trouve suffisamment de force pour attraper mon téléphone sur la table de nuit afin de consulter mes messages. À l’aide d’un seul œil ouvert, je découvre, le visage à moitié enfoui dans l’oreiller, que Lauren m’a envoyé un message, il y a une heure, pour m’inviter à prendre le petit-déj avec elle.


Merde.


Je lui réponds aussitôt pour m’excuser et l’informer que je viens à peine de me réveiller. Sa réponse ne se fait pas attendre. Elle m’indique qu’ils ont bientôt terminé mais que, si je me dépêche, ils m’attendront. Il ne m’en faut alors pas plus pour me lever et filer sous la douche.


Une fois propre, j’enfile en vitesse un maillot de bain rouge, constitué de deux pièces en forme de triangle (légèrement trop ajusté sur ma poitrine et mes fesses), ainsi qu’une une robe trapèze à manches courtes en broderie anglaise blanche. Je chausse ensuite une paire d’espadrilles compensées beige et après m’être occupé de mon visage et avoir brossé mes cheveux, je glisse des créoles en or dans les trous de mes oreilles, attrape mon téléphone, mon chapeau et sors en vitesse du bungalow.


Sur le chemin, mes pensées dévient dangereusement vers les évènements de la nuit dernière. J’avais pourtant réussi à tout bloquer dans mon esprit mais ce salopard a terriblement envie d’y repenser. Encore et encore. D’appuyer sur mon estomac avec ses gros sabots jusqu’à en extraire tous mes putains de pêchés. J’ai beau m’être parfumée, je suinte la culpabilité et la connerie. Oui, je m’en veux d’avoir non seulement épier un moment intime qui ne m’appartenait pas, mais surtout, d’avoir aimé ça et de m’être imaginée à sa place. Avec lui. Malgré mes dix années d’admonestations intérieures à ce sujet. Je suis la reine des idiotes et pour un succinct moment de volupté dont je n’ai même pas été la protagoniste (laissez-moi rire !), j’ai foutu en l’air tout mon travail de sape personnel.


« Retour à la case départ, ma vielle et pendant que t’y es, pense à faire un tour par la case prison pour voyeurisme aggravé ! » se moque ma salope de conscience.

Lorsque j’arrive à la hauteur du pavillon en bois d’inspiration balinaise où a été dressé la table du petit déjeuner, je suis soulagée de n’y voir que mes parents, Lauren et Caitlin. Je m’avance alors vers eux, un sourire factice sur les lèvres. Ravis de me voir enfin, ils m’embrassent chacun leur tour et après avoir échangé quelques mots avec Lauren, je file vers le buffet pour commander un café extra serré et me servir d’une quantité déraisonnable de viennoiseries françaises.


On compense comme on peut…


Accoudée au bar et perdue dans mes pensées moroses, je n’entends pas tout de suite la conversation qui se déroule un peu plus loin derrière le comptoir. Ce n’est qu’en entendant le prénom de Will que je lève les yeux pour découvrir Chupa Queen en compagnie d’une serveuse. Visiblement enjouées, les deux femmes papotent à voix basse mais je suis suffisamment proche pour saisir quelques bribes de leur conversation.


— Alors c’était comment ? demande discrètement la serveuse tout en préparant mon café.


Je tends l’oreille tandis que l’autre se penche pour chuchoter :

— Bon sang, Tahina, c’était fantastique, un pied d’enfer ! Même avec Daryl de la compta ce n’était pas aussi bon !


Je manque de m’étouffer en avalant une bouchée de pain au chocolat. Oh bordel, je n’étais définitivement pas prête à entendre ça…

— Tu déconnes ? Mieux que Daryl ? s’étonne la fille en versant le liquide brun dans une tasse propre.


OK, je ne sais pas qui est ce Daryl de la compta, mais il m’a l’air tout à fait charmant…

— Tu n’as pas idée ! s’esclaffe la réceptionniste dont j’ignore toujours le prénom. Il m’a fait jouir trois fois ! Avec sa langue, ses doigts, sa queue… (Sa collègue ouvre la bouche, médusée). Et cette façon qu’il a eu de me prendre contre le mur de sa douche… (Elle s’arrête une seconde, se repassant visiblement le film dans sa tête)… Olala, je ne m’en remets pas, mes jambes en tremblent encore !


Oui, bon bah, ça va, inutile d’en faire des tonnes… connasse.


— Bien monté ?

Tellement bien.


Elle hoche vigoureusement en lui adressant un sourire complice alors que mes yeux se posent sur mon café qui refroidit dans son coin.


C’est-à-dire que j’ai un peu soif, en fait…


— Tout ce qu’il faut exactement là où il faut, développe-t-elle. Un corps splendide et des mains… longues, larges, puissantes, je te laisse imaginer !


On imagine très bien, merci.

— Sale petite veinarde ! D’ailleurs, ça me fait penser que…


Au bord de la nausée, je me racle exagérément la gorge pour les rappeler à l’ordre. Les deux femmes sursautent, se retournent, me sourient, contrites, avant que la serveuse ne s’avance et ne dépose la tasse de café juste devant moi.

— Et voilà, Mademoiselle.


Je grommèle un merci et retourne m’installer à notre table, l’humeur encore plus maussade que tout à l’heure. Je n’avais vraiment pas besoin d’entendre ça… Je me doutais bien que Will était bon dans tous les domaines mais en entendre la confirmation de la bouche d’une autre, c’est la goutte de trop. Je ne tiendrai jamais six jours.


Impossible. Je vais péter un plomb avant cela.

Évidemment, c’est à ce moment-là qu’il en profite pour faire son entrée. Vêtu d’une tenue de tennis bleue marine, il débarque dans la salle du petit déjeuner en compagnie de mon frère, frais, dispo et absolument magnifique – comme d’habitude. À le voir, il ne donne absolument pas l’impression d’avoir passé la nuit à baiser, hormis peut-être le désordre sexy de ses cheveux bruns. En tout cas, il est suffisamment en forme pour s’être levé tôt et avoir eu le courage de disputer une partie de tennis avec Jack.


Les endorphines, chérie, les endorphines…

Du coin de l’œil, je l’observe se servir un verre de jus d’oranges pressées, parfaitement à l’aise, sans se soucier une seconde de la présence de son coup d’un soir qui, de son côté, le regarde comme si Éros en personne venait d’atterrir sur l’île.


Ouaip, aussitôt baisée, aussitôt oubliée. Je connais la chanson par cœur.

Une fois servi, Will attrape un croissant dans lequel il croque puis se dirige vers nous d’une démarche tranquille tout en mâchant et pendant un bref instant, je me délecte des contractions cadencées de sa mâchoire ainsi que de la vision de sa pomme d’Adam qui monte et descend au rythme de ses déglutitions.

Seigneur, même manger un malheureux croissant le rend sexy à crever…


Du calme, vagin !


Rien que de penser au trésor que l’intimité de son short de sport dissimule, je me liquéfie. Mes cuisses, mon cœur, tout mon corps se délite sur mon siège alors qu’une nuée de papillons éclot dans mon ventre. Je m’efforce néanmoins de ne pas le scruter trop longtemps de peur d’être prise sur le fait. Seulement, comme s’il avait senti le poids de mon regard sur lui, il tourne sa tête dans ma direction et un sourire franc apparaît sur ses belles lèvres pleines. Il a l’air content de me voir et moi… moi, je suis au bord du malaise.

S’il savait, putain…


Nos yeux s’accrochent et ne se quittent plus pendant plusieurs secondes alors qu’un frisson se forme dans le bas de ma nuque pour descendre le long de ma colonne vertébrale et s’épanouir dans mes reins. Il me contemple avec une expression que je ne connais pas, différente mais familière en même temps, si bien que les battements de mon cœur se suspendent un instant avant de redoubler d’ardeur. Troublée, je détourne aussitôt le regard et plonge mon nez dans ma tasse de café en déglutissant difficilement.


En arrivant près de nous, il salue tout le monde, embrasse le sommet du crâne de Caitlin avant de lui offrir le reste de son croissant puis vient s’installer à côté de moi.


Pas en face, ni à l’autre bout de la table.

NON.

Juste. À. Côté.


J'avale ma salive rapidement, paniquée à l’idée qu’il puisse lire sur mon visage mes secrets les plus inavouables, comme celui de l’avoir maté en pleine action hier, par exemple… Heureusement, ma mère se tourne vers lui et commence à lui poser des questions, me laissant alors le temps de me recomposer une expression plus neutre.


Mon Dieu, j’ai été beaucoup trop optimiste avec moi-même. Ce n’est pas six jours que je vais avoir du mal à tenir, c’est carrément la journée.


Au secours !

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